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En Serbie, les étudiants apportent leur colère dans les bastions ruraux acquis au président
Depuis des semaines, des étudiants en colère sillonnent à pied la Serbie, poursuivant dans les zones rurales leur croisade contre la corruption du gouvernement, entre deux vastes rassemblements dans les grandes villes.
Des centaines d'entre eux ont atteint vendredi la périphérie de Nis, la troisième agglomération de Serbie, à la veille d'une nouvelle manifestation.
Depuis novembre, les étudiants sont à la tête du mouvement de contestation qui secoue la Serbie comme jamais depuis les années 1990. La colère infuse désormais jusque dans campagnes traditionnellement acquises au pouvoir et a poussé à la démission plusieurs hauts responsables, dont le Premier ministre Milos Vucevic fin janvier.
Les manifestations ont débuté après un dramatique accident qui a fait 15 morts le 1er novembre à Novi Sad, la deuxième cité de ce pays des Balkans : l'écroulement de l'auvent en béton de la gare, qui venait pourtant d'être rénové à grands frais, a catalysé la colère de la population serbe à l'égard de la corruption et alimenté la demande d'une plus grande transparence gouvernementale.
Le mouvement suit désormais un schéma bien établi : les étudiants annoncent le nom d'une grande ville où se déroulera un rassemblement de masse, puis entreprennent une marche de plusieurs jours vers cette destination.
- "Libérer de la peur" -
Avant la manifestation prévue pour samedi à Nis, dans le sud, les manifestants, munis de sifflets et de vuvuzelas, ont emprunté des routes de campagne, puis ont été chaleureusement accueillis dans les villages, comme vendredi après-midi à Vrelo, où ils ont eu droit à des accolades et à des rafraîchissements de la part de ses habitants.
"Je me sens joyeuse et bien plus jeune en les voyant", lâche dans un sourire Svetlana Ilic, 73 ans. "J'espère que les jeunes vont créer quelque chose de nouveau et de meilleur", ajoute la septuagénaire, offrant du thé et des bananes aux étudiants.
"Je pense que la fin de ce gouvernement est proche", veut croire de son côté Slavoljub Denic, 61 ans.
Pour le président serbe Aleksandar Vucic et son Parti progressiste serbe, ce mouvement est d'autant plus un défi qu'ils avaient pu compter jusqu'à présent sur le soutien des régions rurales et des bourgs, où l'électorat leur était majoritairement acquis, contrairement à celui des grandes agglomérations, comme la capitale Belgrade, Nis et Novi Sad.
En traversant les petites villes, les étudiants vont "les réveiller et les libérer de la peur", observe Sanja Petrov, une journaliste et analyste au Centre pour la politique contemporaine travaillant à Vranje, dans le sud de la Serbie.
Dans ces localités, la population s'informe majoritairement à travers les médias d'Etat, qui suivent la ligne du parti au pouvoir et véhiculent notamment l'idée selon laquelle la récente vague de manifestations est orchestrée de l'étranger.
- "Pas des agitateurs rémunérés" -
Pour beaucoup cependant, échanger de vive voix avec les étudiants venus manifester chez eux a agi comme une révélation.
"Les gens voient désormais de leurs propres yeux qui sont ces jeunes et prennent conscience qu'ils ne sont pas des agitateurs rémunérés mais leurs propres enfants. Leur présence est puissante et cela se lit sur les visages", souligne Mme Petrov.
En planifiant leur itinéraire, les organisateurs des marches de protestation visent délibérément des régions serbes souvent ignorées par les habitants des grandes villes, comme les zones agricoles de l'est, explique Lazar Stojanovic, un étudiant en agriculture de 21 ans à Belgrade. Ainsi, "nous allons aider à réveiller ces gens", confie à l'AFP le jeune homme, à son arrivée à Vrelo.
L'arrivée des étudiants dans les villages prend souvent des airs de fête, avec des chants, des danses folkloriques, des slogans politiques scandés au son des fanfares et au milieu des fumigènes colorés.
"C'est un grand honneur que cette immense colonne d'étudiants, qui est en train d'écrire l'histoire d'une certaine manière, traverse notre village", s'enthousiasmait récemment Nenad Slavkovic, un habitant de Luznica, tandis que les contestataires se rendaient à une manifestation à Kragujevac.
"C'est mon devoir de venir soutenir cette jeunesse et son combat", acquiesçait son voisin, Titomir Martinovic. "Après tout, nous voulons tous une société meilleure et plus juste et l'état de droit, que nous n'avons pas aujourd'hui".
N.Shalabi--SF-PST