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La Pologne met en garde contre un "conflit ouvert" avec la Russie après une intrusion de drones
La Pologne, soutenue par ses alliés, a mis en garde mercredi contre un "conflit ouvert" avec la Russie après l'intrusion d'une vingtaine de drones attribués à l'armée russe sur le territoire de ce pays de l'UE frontalier de l'Ukraine, qui a nécessité dans la nuit l'intervention d'avions de l'Otan.
Les Occidentaux et l'Alliance atlantique ont réagi avec fermeté, et le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a évoqué le "risque réel" d'une extension du conflit ukrainien. Moscou a démenti.
Quant au président américain Donald Trump, il a publié un message laconique mais validant l'accusation lancée contre Moscou: "Qu'est-ce qui se passe avec la Russie qui viole l'espace aérien polonais avec des drones? C'est parti!", a-t-il écrit sur son réseau Truth Social, la Maison Blanche indiquant par ailleurs que le président suivait la situation et devait s'entretenir avec son homologue polonais Karol Nawrocki.
Selon le Premier ministre polonais, Donald Tusk, ce sont 19 appareils au moins qui ont pénétré le territoire du pays dans la nuit, exigeant le décollage d'avions de chasse polonais mais aussi l'intervention d'appareils de l'Otan.
A Wyryki-Wola, un village de l'est de la Pologne, des militaires inspectaient une maison à la toiture détruite et entourée de débris.
- 14 drones retrouvés -
Ni les drones, dont au moins trois ont été abattus, ni leur destruction n'ont fait de victimes, a déclaré M. Tusk devant le Parlement polonais, mais cette "action russe" est de nature à "nous rapprocher plus que cela n'a jamais été d'un conflit ouvert depuis la Seconde Guerre mondiale", a-t-il déclaré.
Au total 14 drones ont été retrouvés, selon la porte-parole du ministère de l'Intérieur Karolina Galecka. Le ministère avait auparavant également fait état de la découverte de débris d'un projectile non identifié, et indiqué qu'une maison et une voiture avaient été endommagées dans l'est de la Pologne.
"Nous n'avons aucun doute que ce n'était pas un fait accidentel", a souligné le ministre polonais des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski, qui a dénoncé "un cas d'attaque sans précédent, non seulement sur le territoire de la Pologne mais aussi sur celui de l'Otan et de l'Union européenne".
La Russie a opposé un démenti laconique a ces accusations, son ministère de la Défense indiquant n'avoir pas eu de projets "d'attaquer des cibles" sur le sol polonais durant sa vague nocturne de frappes aériennes sur le territoire ukrainien, et l'ambassade russe à Varsovie relevant que la Pologne n'avait pas apporté de "preuves" de ses affirmations.
La diplomatie russe a en définitive accusé la Pologne de vouloir "aggraver" la situation par des accusations infondées.
Le chancelier allemand Friedrich Merz a dénoncé une "action agressive" de la Russie, et le président français Emmanuel Macron a mis en garde Moscou contre une "fuite en avant".
"Nous soutenons nos alliés de l'Otan face à ces violations de l'espace aérien et défendrons chaque centimètre du territoire" de l'Alliance, a en attendant promis l'ambassadeur américain auprès de cette organisation Matthew Whitaker.
La cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a dénoncé "la violation la plus grave de l'espace aérien européen par la Russie depuis le début de la guerre". "Je pense que ce que (Vladimir) Poutine veut montrer, ce qu'il veut vraiment faire, c'est tester jusqu'où il peut aller", a-t-elle encore dit.
- Réunion à l'Otan -
Le Conseil de l'Atlantique Nord, le principal organe de décision politique de l'Alliance, a modifié le même jour le format de sa réunion hebdomadaire pour la tenir dans le cadre de l'article 4 du traité constitutif de cette organisation, dont Varsovie a demandé l'activation. Celui-ci stipule que "les parties se consulteront chaque fois que, de l'avis de l'une d'elles, l'intégrité territoriale, l'indépendance politique ou la sécurité de l'une des parties sera menacée".
L'Alliance a été "très efficace" pour contrer cette "dangereuse" intrusion, "intentionnelle ou non", s'est félicité son secrétaire général Mark Rutte avant d'avertir lui aussi Moscou: "Nous défendrons chaque centimètre du territoire de l'Otan."
Ces intrusions sont survenues à la veille de grandes manoeuvres militaires communes russo-bélarusses, baptisées Zapad-2025 (Ouest-2025), programmées du 12 au 16 septembre, avec la participation de 30.000 soldats au total et qui ont conduit la Pologne à fermer sa frontière avec le Bélarus à partir de jeudi.
Le Bélarus, une ancienne république soviétique et un allié clé de la Russie qui s'est servie de son territoire pour déclencher son offensive contre l'Ukraine en février 2022, a affirmé mercredi avoir lui aussi abattu des drones qui avaient "perdu leur trajectoire" au-dessus de son territoire dans la nuit, sans en préciser la provenance.
Evoquant un "ciblage délibéré", le président ukrainien Volodymyr Zelensky a de son côté affirmé qu'au moins huit drones russes avaient été "dirigés vers la Pologne". Simultanément, la Russie a envoyé 458 drones et missiles contre l'Ukraine, selon l'armée ukrainienne.
"L'Ukraine propose depuis longtemps à ses partenaires la création d'un système commun de défense antiaérienne afin de garantir la destruction" de ces engins, a expliqué M. Zelensky.
Dans la soirée, il a regretté le "manque d'action" et de "réponse ferme" des dirigeants occidentaux, au delà des "déclarations".
T.Samara--SF-PST