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Flou sur la perspective d'une trêve au Soudan, malgré l'accord des paramilitaires
Le Soudan semblait encore loin vendredi d'une fin de la guerre qui fait rage entre l'armée et les paramilitaires depuis deux ans et demi, malgré l'annonce par ces derniers de leur accord à une proposition de trêve humanitaire.
L'ancien plus grand pays d'Afrique, devenu le troisième après l'indépendance du Soudan du Sud en 2011, est ensanglanté depuis avril 2023 par une lutte pour le pouvoir opposant l'armée du général Abdel Fattah Al-Burhane aux paramilitaires de Forces de soutien rapide (FSR) de son ancien adjoint, Mohamed Hamdane Daglo.
Ces combats ont fait des milliers de morts, forcé le déplacement de 12 millions de personnes, plongé le pays dans la plus grande crise humanitaire au monde selon l'ONU. Sans compter les informations de massacres, viols et enlèvements qui s'accumulent depuis la prise d'El-Facher le 26 octobre par les FSR.
Cette ville était le dernier verrou stratégique manquant aux paramilitaires pour faire main basse sur le Darfour, une vaste région de l'ouest du pays, faisant craindre une partition du Soudan, l'armée contrôlant de son côté l'est, dont les villes de Port-Soudan et Khartoum.
- "Détourner l'attention" -
Les paramilitaires ont annoncé jeudi donner leur accord "pour s'engager" en faveur de la proposition de trêve présentée en septembre par les pays médiateurs du groupe dit du Quad (Arabie saoudite, Etats-Unis, Egypte, Emirats arabes unis).
Cette proposition prévoit une trêve humanitaire de trois mois, a indiqué jeudi à l'AFP un haut responsable saoudien, précisant que des efforts seraient aussi déployés pendant cette période pour réunir en Arabie saoudite les deux camps en vue de négociations sur un accord de paix permanent.
L'armée n'a pas commenté cette annonce. Mais son chef a répété jeudi que ses forces continuaient "de défaire l'ennemi". Et tôt vendredi, des habitants d'Omdurman, ville voisine de Khartoum, ont affirmé que les explosions s'étaient produites à proximité d'une base militaire et d'une centrale électrique, causant des coupures de courant.
Pour Cameron Hudson, analyste au Center for Strategic and International Studies (CSIS), à Washington, les paramilitaires "n'ont pas la volonté" de mettre en oeuvre cette trêve et "cherchent plutôt à détourner l'attention des atrocités qu'ils perpètrent à El-Facher".
"Maintenant qu'ils contrôlent tout le Darfour, les RSF ont intérêt à ce que l'aide et la nourriture y entrent. Mais l'armée a intérêt à ne pas permettre aux FSR de consolider ses gains au Darfour", explique ce spécialiste sceptique à ce stade sur l'éventualité d'une trêve.
- "J'ai vu dix drones" -
En l'absence d'accord vendredi des deux parties, un habitant d'Omdurman a raconté à l'AFP, sous couvert d'anonymat par crainte pour sa sécurité, avoir été "réveillé vers 02H00 du matin par le bruit des tirs anti-aériens, suivi par des explosions près de la base militaire de Wadi Sayidna".
Un autre habitant du nord-ouest de la ville a dit avoir "entendu un drone dans le ciel vers 04H00 du matin, avant une explosion" survenue à proximité d'une centrale électrique, qui a provoqué une coupure de courant. Les attaques de drone ont été l'une des tactiques clés des FSR dans ce conflit.
A Atbara, une ville du nord du pays contrôlée par l'armée, un habitant a déclaré que plusieurs drones "étaient apparus au-dessus de la ville peu après 03H00".
"La défense anti-aérienne les a abattus mais j'ai vu des feux s'allumer et entendu des explosions dans l'est de la ville", a témoigné cet homme, refusant lui aussi de donner son nom.
"J'ai vu dix drones au-dessus de la ville et la défense anti-aérienne les abattait un par un", a déclaré un autre habitant d'Atbara.
Aucune victime n'a été signalée. Ni l'armée ni les RSF n'ont commenté ces attaques alors que les analystes s'attendent à une recrudescence des affrontements au Kordofan, région stratégique du centre du pays car à la fois pétrolifère et située entre la capitale Khartoum et le Darfour.
- Bombes et famine -
Le syndicat des médecins soudanais a affirmé que les paramilitaires avaient bombardé jeudi un hôpital dans la ville de Dilling, au Kordofan du sud, faisant plusieurs blessés et détruisant le service de radiologie.
Sous contrôle des paramilitaires et de leurs alliés depuis deux ans, Dilling est aussi confrontée à une crise humanitaire alors que l'acheminement de l'aide est quasiment impossible depuis des mois au Darfour et au Kordofan.
Le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), un organisme mandaté par les Nations unies et basé à Rome, a déclaré que la ville était confrontée à un risque imminent de famine.
F.Qawasmeh--SF-PST