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Le Vietnam fait marche arrière sur l'interdiction des deux-roues à essence
Des millions de scooters circulent chaque jour dans les rues étroites de Hanoï, alimentant la pollution chronique de la capitale vietnamienne. Malgré ces nuisances, les autorités ont fait marche arrière sur un ambitieux projet d'interdiction de ces véhicules.
Hanoï figure certains jours en tête du classement des villes les plus polluées au monde et doit en grande partie cette triste distinction à ses deux-roues, qui roulent presque tous aux carburants fossiles.
Le gouvernement communiste avait annoncé l'an dernier un plan visant à bannir les deux-roues à essence d'une zone de 26 km² dans le centre historique.
Face à l'opposition des usagers et aux retards dans la construction de stations de recharge électriques, les autorités ont réduit le projet à 11 rues, couvrant 0,5 km², seulement le vendredi soir et certains week-ends.
Un recul qui illustre la difficile transition vers les véhicules électriques, même dans un pays autoritaire peu enclin à tolérer la dissidence.
"Quasiment tout le monde s'oppose à l'interdiction", estime Phuong Anh Nguyen, une habitante de Hanoï propriétaire d'un scooter à essence.
Cette chercheuse de 24 ans souffre de congestion chronique, qu'elle attribue à la pollution, mais refuse de passer à l'électrique.
- VinFast and furious -
Les responsables municipaux n'ont pas approuvé ce mois-ci la version réduite du projet, reportant la décision à juin et mettant en doute son application, prévue au 1er juillet.
"C'est rare, mais ça arrive", commente l'analyste Nguyen Khac Giang. "Le gouvernement a tendance à reculer lorsque sa légitimité est menacée et je pense que c'est ce qui motive l'assouplissement des règles".
Les deux-roues sont incontournables à Hanoï, que ce soit pour se rendre au travail, se déplacer en famille ou même transporter des marchandises. La ville en compte près de sept millions, soit sept fois plus que de voitures.
Les transports publics sont limités dans le pays et de nombreuses personnes n'ont pas les moyens de s'acheter une voiture.
Lorsque le projet d'interdiction a été annoncé en juillet dernier, les fabricants de deux-roues à essence ont fait front, laissant planer le risque de pertes d'emplois dans leurs usines vietnamiennes.
Le constructeur local VinFast, spécialisé dans l'électrique, a vu ses ventes bondir depuis l'annonce, et certains analystes suggèrent que l'interdiction visait en partie à le favoriser.
Mais VinFast n'a vendu que 400.000 deux-roues environ l'an dernier au Vietnam, contre 2,6 millions pour Honda.
- Précipitation "déroutante" -
Le gouvernement a proposé des subventions allant jusqu'à 5 millions de dongs (165 euros) pour encourager les usagers à acheter des scooters électriques.
"Ce n'est pas suffisant, surtout pour une jeune diplômée comme moi", estime Hanh Nguyen, 24 ans, qui pointe également le manque de stations de recharge.
D'autres usagers sont rebutés par des témoignages de pannes et d'incendies de batteries, qui ont poussé certains immeubles de Hanoï à interdire les deux-roues électriques.
Les autorités oeuvrent à sécuriser les stations de recharge, mais construire des infrastructures prend du temps, tout comme sevrer la population des carburants fossiles.
L'Union européenne a abandonné l'an passé son interdiction de vente de voitures neuves essence et diesel prévue pour 2035, et l'Inde s'est donnée un demi-siècle pour basculer vers l'électrique.
Nguyen Minh Dong, ancien ingénieur chez Volkswagen devenu conseiller en électrification, qualifie de "déroutante" la précipitation des autorités vietnamiennes.
"Le changement demande beaucoup de temps en raison des limites structurelles", explique-t-il. "La feuille de route visée par le Vietnam n'est pas adaptée".
G.AbuHamad--SF-PST