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La méthanisation, une perspective pour l'agriculture, en plein blocage d'Ormuz
Au détour d'un chemin de Blajan (Haute-Garonne), voilà cinq énormes cuves de béton où des éleveurs produisent du biométhane, source de revenu complémentaire et alternative aux engrais chimiques, dont le cours a bondi depuis le blocage du détroit d'Ormuz.
Les effluents d'élevage (fumier, lisier), tels qu'ils sont en général entassés en bordure de champ avant d'être épandus plus tard dans l'année, fermentent naturellement et émettent du méthane, alors pourquoi ne pas recueillir ce gaz pour le vendre?
D'autant que la Haute-Garonne fait partie des départements au revenu agricole parmi les plus faibles de France, explique Bertrand Loup, l'éleveur bovin qui a porté ce projet de méthaniseur, en service depuis un an, avec dix autres agriculteurs.
"C'est passionnant, mais c'est regrettable qu'on soit obligés de faire des métiers différents pour survivre", explique-t-il en consultant des écrans où s'affichent notamment quantité et composition du gaz ainsi capté.
- "Danger" -
Face à une filière d'élevage "en danger", "avec une crise des vocations et possiblement à terme beaucoup de fermes qui allaient fermer", la méthanisation permet de retrouver de la rentabilité sans avoir "besoin de s'agrandir et de bouffer les voisins", explique-t-il.
Le procédé, qui apparaît dès la fin du XVIIIe siècle principalement pour du chauffage, s'est beaucoup développé dans les années 2010 sous une forme nouvelle visant à épurer le méthane pour pouvoir l'envoyer dans les réseaux de distribution, raconte Pascal Grouiez, professeur d'économie écologique à l'Université Paris Cité.
Une dynamique que l'Etat français - qui voit dans ce biométhane une énergie renouvelable et une alternative au gaz d'origine fossile, notamment russe - a encouragée en apportant des subventions et en fixant des tarifs d'achat garantis pour 15 ans.
A Blajan, le méthaniseur a été bien accueilli, estime Bertrand Loup, mais d'autres projets rencontrent ailleurs l'opposition des riverains, inquiets d'éventuelles nuisances olfactives, d'embouteillages liés au transport des intrants ou de risques environnementaux.
Le choix de la méthanisation représente une "industrialisation" de l'élevage qui "répond surtout à une souffrance agricole", estime Cécile Argentin, présidente de France Nature Environnement Occitanie Pyrénées.
"Si les agriculteurs étaient moins mal en termes de revenu, pouvaient prendre trois semaines de vacances et avaient un revenu digne de ce nom, certains ne se tourneraient pas vers la méthanisation", assure-t-elle.
Cette façon de diversifier les revenus est effectivement appréciée dans un secteur vulnérable aux aléas climatiques et variations des prix du marché. "Du jour au lendemain, tout bascule, (...) rien n'est fixé sur plusieurs années, alors que pour la +métha+, on a un prix de vente sur 15 ans", se félicite Baptiste Sarraute, 26 ans, l'un des 11 éleveurs associés.
- Gain de temps -
Un employé vient chaque semaine chercher fumier et lisier directement dans les exploitations, évitant aux agriculteurs de devoir gérer ces effluents. Pour Baptiste Sarraute, qui a repris la ferme familiale en 2020, c'est le principal avantage de la méthanisation: "On passait à peu près deux mois de l'année à épandre et transporter ces effluents."
Puis, fumier, lisier et ensilage (fourrage issu de la culture de céréales) sont brassés dans des cuves de 3.000 m3, où la température est maintenue autour de 60°C, explique Bertrand Loup.
Quelque 27.000 tonnes de biomasse sont ainsi traitées à l'année, et 20 MWh de biométhane injectés dans le réseau de GRDF, soit la consommation de la ville voisine de Saint-Gaudens (12.000 habitants), selon l'éleveur.
La matière digérée par les bactéries, le digestat, peut ensuite, grâce à l'azote qu'il contient, remplacer tout ou partie des engrais chimiques. Une ressource précieuse, car le coût des engrais les plus utilisés en France a bondi de 30 à 40% depuis le début de la guerre déclenchée au Moyen-Orient par les Etats-Unis et le blocage du détroit d'Ormuz par l'Iran, selon le média spécialisé Argus Media.
Fin 2023, la France comptait 1.911 unités de méthanisation, selon un rapport de la Cour des comptes publié en 2025. Il s'en installe moins qu'avant, mais "il y a quand même encore de l'avenir pour la méthanisation", note Pascal Grouiez.
Le gouvernement y compte bien, pour "quadrupler (l)a production de biogaz d'ici à 2030" et "décarboner complètement la consommation de gaz d'ici à 2050", selon la Cour des comptes.
Des objectifs "inatteignables", estime M. Grouiez. Mais pour Bertrand Loup, pas le choix: "Il faut décarboner. Et si c'est pas nous, ce sera Total."
K.Hassan--SF-PST