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Maladie de Lyme: la controverse ressurgit avec un avis controversé de la HAS
C'était l'une des grandes polémiques médicales des années 2010: existe-t-il une forme chronique de la maladie de Lyme ? En sourdine depuis les années Covid, le débat reprend en France, après un avis contesté de la Haute autorité de Santé (HAS).
La HAS, l'instance française dont les avis visent à orienter les politiques de santé, a publié fin février de nouvelles recommandations sur la prise en charge de la borréliose de Lyme, une infection bactérienne provoquée par les morsure de tiques.
Chaque année, plusieurs dizaines de milliers de Français sont infectés et quelques centaines finissent à l'hôpital. L'infection se traduit le plus souvent par une rougeur de la peau vers la morsure, mais peut aussi causer d'autres troubles, notamment neurologiques.
Or, si la prise en charge immédiate de la maladie ne fait guère débat - vite donner des antibiotiques aux patients -, l'avis de la HAS réveille une polémique largement occultée ces dernières années: l'existence ou non d'une forme chronique.
Un nombre conséquent de patients ont en effet des symptômes pendant des mois, voire des années. Pour une petite part du corps médical, souvent soutenue par les associations de malades, cela s'explique par la persistance durable de la bactérie dans l'organisme.
Mais cette position, qui n'a jamais été appuyée par des études solides, ne convainc pas la majorité des médecins qui peinent néanmoins à expliquer la présence de symptômes à long terme.
Cet antagonisme nuit de longue date au suivi des patients. L'hypothèse d'une présence durable de la bactérie sert de base à des thérapies à l'efficacité non avérée, proposant des mois de prise d'antibiotiques. Mais, parallèlement, des patients témoignent s'être heurtés à des médecins qui refusent largement d'admettre l'existence de symptômes durables.
Le précédent avis de la HAS remontait à 2018 et avait mécontenté les deux camps. Il reconnaissait l'existence de symptômes persistants, des termes qui n'allaient pas assez loin pour les partisans d'une forme chronique, mais qui étaient déjà trop affirmatifs pour les principales sociétés savantes.
- Flou sur les financements -
Celles-ci, aux côtés de l'Académie de médecine, avaient carrément publié leurs propres recommandations, un rare désaveu pour la HAS.
Avec ses nouvelles recommandations, celle-ci s'inscrit a priori dans un contexte plus apaisé, alors que le débat sur le sujet a perdu en visibilité médiatique.
Principale figure des défenseurs de l'existence d'un Lyme chronique dans les années 2010, le professeur Christian Perronne a été décrédibilisé par ses positions lors de la crise du Covid, notamment vaccino-sceptiques.
D'un autre côté, les recherches autour du Covid long ont donné plus de crédibilité aux symptômes dits "post-infectieux". Et c'est bien parmi ces derniers que la HAS classe désormais la forme persistante de la maladie de Lyme.
A certains titres, son nouvel avis va plus loin. Elle insiste quant au fait que les symptômes persistants sont une "pathologie reconnue" et impose d'éviter une "errance médicale" aux patients.
Mais, en phase avec le consensus scientifique sur le sujet, elle ne parle pas de forme chronique et évoque uniquement des symptômes "post-traitement". La nuance est de taille, car elle écarte l'idée d'une présence de la bactérie à long terme, pour privilégier des hypothèses comme un dérèglement du système immunitaire.
"Dans ces conditions, il nous est impossible d’endosser ces recommandations", a prévenu dans un communiqué transmis jeudi à l'AFP la Fédération française contre les Maladies vectorielles à tiques (FFMVT), bastion des partisans d'un Lyme chronique.
La FFMVT, qui a participé aux discussions, dit avoir demandé en vain l'introduction d'un paragraphe évoquant un "dissensus" sur le sujet.
Elle regrette, par ailleurs, que la HAS intègre des psychothérapies dans ses recommandations de suivi. Le sujet est sensible car les associations rejettent en bloc l'idée d'une explication psychosomatique dans certains cas.
Cette polémique de fond se double, par ailleurs, d'accusations quant à l'usage de financements dédiés à la recherche sur la maladie, alors que les parlementaires avaient débloqué fin 2023 dix millions d'euros dans ce but.
Selon la FFMVT, l'Inserm en a consacré l'essentiel à combler ses frais de fonctionnement. Interrogé par l'AFP, l'institut a contesté cette interprétation, affirmant que l'usage des dix millions serait étalé sur plusieurs années et niant tout "déficit à combler".
T.Ibrahim--SF-PST