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Arnaud Rousseau candidat à un deuxième mandat à la tête de la FNSEA
Président de la FNSEA depuis trois ans, Arnaud Rousseau a annoncé mercredi à ses troupes qu'il briguait un nouveau mandat à la tête du premier syndicat agricole français, qui tiendra son congrès du 31 mars au 2 avril à Caen.
Le suspense, mince, a pris fin lors d'une réunion du bureau du syndicat, suivi d'une annonce aux cadres et aux adhérents. "L'élection se tiendra en avril lors du conseil d'administration qui suivra le congrès qui élira les nouveaux membres du CA de la FNSEA", a indiqué le syndicat à l'AFP.
Le céréalier de 52 ans, président du géant des huiles Avril, a adressé "un courrier à l'ensemble du réseau" pour l'informer de "son intention de se représenter à la présidence du syndicat".
Ces dernières années, la FNSEA a vu sa domination du monde agricole contestée, notamment au profit de la Coordination rurale (CR), mais s'impose toujours comme le premier interlocuteur de l'Etat.
Peu après son élection à la tête de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles, en avril 2023, Arnaud Rousseau a été confronté à ce qu'il a lui-même désigné comme "la pire crise agricole en 30 ans": un premier hiver de colère dans les campagnes, où les agriculteurs exigeaient du revenu, de la considération et un avenir.
Sa silhouette haute au maintien martial est alors inconnue du grand public. Son profil de grand patron concentre sur lui les critiques des syndicats concurrents: au fil des actions coups de poing, il devient la cible préférée des bonnets jaunes de la CR, qui conspue l'"agrobusinessman" et un libre-échange "agricide".
- "Compétitivité" -
Lui défend sans complexe la liberté d'entreprendre en agriculture dans un univers mondialisé où la France a des cartes à jouer: produire, transformer, exporter. "Pas d'interdiction sans solution", ou encore "la compétitivité n'est pas un gros mot", répète-t-il, réclamant des "moyens de production" pour la Ferme France.
Diplômé d'une école de commerce parisienne, Arnaud Rousseau a notamment travaillé dans le courtage agricole avant de reprendre l'exploitation familiale de Trocy-en-Multien, village de Seine-et-Marne dont il est maire depuis 2014.
Il est devenu agriculteur en 2002, peu avant ses 30 ans. Avec son épouse (ils ont trois enfants), aussi cheffe d'exploitation, il gère désormais près de 700 hectares - bien au-delà de la moyenne des exploitations de grandes cultures en France (87 hectares).
Pendant trois ans, il a multiplié les déplacements sur le terrain, veillant à l'équilibre entre céréaliers, viticulteurs et éleveurs, alors que les crises se multipliaient: récolte catastrophique de blé en 2024, crise de la viticulture, multiplication des maladies animales.
Sous son mandat, la FNSEA a reculé aux élections professionnelles: avec son allié des Jeunes agriculteurs, le syndicat conserve l'essentiel des chambres d'agriculture mais a perdu sa majorité absolue (46,7% des voix) face à la CR (en forte hausse à près de 30%) et à la Confédération paysanne (stable à 20%).
Le syndicat a musclé son discours sur les "moyens de production", réclamant notamment la réintroduction de pesticides interdits, un stockage accru de l'eau et des facilités pour agrandir les élevages.
- "Cogestion" -
Arnaud Rousseau demande depuis trois ans une "vision" pour l'agriculture, faisant du chef de l'Etat son interlocuteur privilégié, d'autant que les questions internationales enflent: Mercosur, PAC, taxe carbone sur les engrais...
Ces demandes ont été appuyées par une démonstration de force mi-janvier, avec l'entrée dans Paris de plus de 350 tracteurs, jusque devant l'Assemblée nationale.
La candidature d'Arnaud Rousseau à un second mandat faisait ces derniers jours l'objet de spéculations, sans toutefois qu'aucun autre nom n'émerge. Traditionnellement, le syndicat se rassemble autour d'une candidature unique.
Le président de la FNSEA est historiquement l'interlocuteur privilégié du gouvernement. Au point que, longtemps seul syndicat agricole en France avant l'émergence de concurrents à la fin des années 1980, la FNSEA est accusée de "cogestion" avec l'Etat dont elle est, de fait, le premier interlocuteur.
En témoigne la récente annonce par le Premier ministre Sébastien Lecornu d'une loi d'urgence agricole reprenant point par point ses demandes. Ou encore la crise de la dermatose nodulaire contagieuse: le gouvernement a vu sa politique sanitaire, très contestée par les autres syndicats, soutenue par la FNSEA.
O.Mousa--SF-PST