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Affaire Epstein: Jack Lang défend son intégrité et son poste
C'est sans doute sa plus grande épreuve en un demi-siècle de vie publique : Jack Lang tente de circonscrire l'incendie déclenché par la révélation de ses liens avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein et a exclu mercredi de quitter la présidence de l'Institut du monde arabe qu'il occupe depuis 2013.
Plaidant la bonne foi ou la "naïveté", l'ex-ministre de la Culture emblématique de François Mitterrand se démène dans les médias pour justifier ses échanges avec le financier américain mort en 2019, mis au jour par la récente publication aux Etats-Unis d'un nouveau pan du tentaculaire dossier Epstein.
Aucune charge ne pèse contre Jack Lang, 86 ans, et sa présence dans ces trois millions de documents n'implique de sa part aucun acte répréhensible.
Mais la mention de son nom à 673 reprises et ses liens d'intérêt avec le financier américain l'ont éclaboussé lui et sa fille Caroline. Cette dernière a démissionné lundi de la tête d'un syndicat de producteurs de cinéma après des révélations sur une société "offshore" qu'elle a fondée en 2016 avec l'homme d'affaires américain.
- "Naïveté" -
Après avoir déclaré lundi à l'AFP "assumer pleinement (ses) liens" passés avec Jeffrey Epstein, Jack Lang a de nouveau plaidé sa bonne foi mercredi sur BFMTV, assurant qu'il ignorait tout du passé criminel du financier américain quand il l'a rencontré il y a "une quinzaine d'années" par l'entremise du réalisateur Woody Allen.
"Je ne savais rien de lui et j'ai trouvé l'homme passionné par l'art, par la culture, par le cinéma", a assuré l'ancien ministre de la Culture (1981-1986 et 1988-1993).
Condamné en 2008 pour avoir recouru à des services de prostituées mineures, Jeffrey Epstein avait été libéré de prison en 2009 et était de nouveau inculpé en août 2019 quand il est mort pendu dans sa cellule.
"Aussitôt" la nature criminelle du personnage révélée, "toute relation a été interrompue", a déclaré Jack Lang même si une photo datée de mars 2019 le montre en compagnie de Jeffrey Epstein aux abords du Louvre.
Jack Lang a en revanche reconnu avoir personnellement sollicité le financier pour obtenir le versement de 57.897 dollars à une association pour un film sur les "années Lang-Mitterrand".
"Solliciter un mécène, ce n'est quand même pas un délit", a-t-il justifié, évoquant aussi un "coup de main" d'Epstein pour un film sur sa fille décédée, Valérie.
Interrogé sur un courriel énigmatique de 2018 adressé à Epstein évoquant pêle-mêle "un enfant", "de nouvelles sexualités" et la "religion", il a parlé d'un probable "projet de film" dont il n'a "pas souvenir".
- "Combatif" -
Sur la défensive, Jack Lang a toutefois assuré sur BFMTV et sur RTL qu'il n'avait pas songé une "seconde" à démissionner de l'IMA, une fondation privée bénéficiant de fonds publics et de financements de pays arabes, où il exerce son quatrième mandat.
"C'est un sujet qui n'a donné lieu à aucune judiciarisation et qui n'impacte absolument pas l'IMA au quotidien", assure à l'AFP un membre de son entourage, qui déplore la "grande confusion" provoquée par ces millions de documents où figurent des complices d'Epstein et des personnalités qui l'ont simplement fréquenté.
Son entourage voit aussi derrière cette tempête un nouvel avatar des "rumeurs" véhiculées "depuis quarante ans" autour des moeurs supposées de Jack Lang.
Le créateur de la Fête de la musique s'en était ouvert en 2011 quand Luc Ferry avait provoqué un tollé en évoquant, sans preuve, le cas d'un ancien ministre qui aurait des relations pédophiles au Maroc.
"Ce n'est pas moi qui suis en cause spécialement. Quand on attire la sympathie, on attire aussi la foudre", avait déclaré Jack Lang.
"Il y a une forme d'instrumentalisation de l'affaire Epstein parce que c'est une cible privilégiée de l'extrême droite", assure aujourd'hui son entourage.
Auprès de l'AFP, un autre membre de son premier cercle le dit "combatif". "Ce n'est pas le genre à baisser les bras".
Q.Najjar--SF-PST