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"Rien n'a changé" à Gaza, où le plan américain est entré dans sa deuxième phase
"Tout le monde est inquiet et frustré car rien n'a changé": depuis sa tente à Gaza-ville, Mahmoud Abdel Aal exprime son amertume après l'annonce du passage à la phase deux du plan américain censé ramener la paix dans le territoire palestinien.
Au milieu d'un paysage apocalyptique de bâtiments bombardés et de camps de fortune dévastés par de récentes pluies diluviennes, d'autres Palestiniens interrogés par l'AFP dans la bande de Gaza partagent ses réserves et sa lassitude.
Les frappes israéliennes, si elles ont baissé en intensité depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu entre le mouvement islamiste palestinien Hamas et Israël le 10 octobre, restent quotidiennes.
Après que Steve Witkoff, l'émissaire du président américain, a annoncé mercredi le démarrage de la deuxième phase du plan de Donal Trump pour Gaza, 14 personnes ont été tuées dans le territoire, selon la Défense civile, organisation de premiers secours opérant sous l'autorité du Hamas.
"Il n'y a aucune différence entre la guerre et la trêve, ni entre la première et la deuxième phase de l'accord, les bombardements se poursuivent chaque jour", affirme M. Aal.
Plus au sud, à Deir el-Balah, des membres de la famille al-Houli se fraient un passage au milieu des décombres de leur maison, ciblée la veille par l'armée israélienne. Le Hamas a annoncé la mort de Mahmoud al-Houli, présenté comme un officier militaire du mouvement.
- "Personne ne se soucie de nous" -
L'annonce de l'avancée du plan de paix "est partout dans les médias, mais la réalité est différente", dit à l'AFP un voisin des al-Houli, Ahmad Sulayman, alors qu'Israël et le Hamas s'accusent mutuellement de violer le cessez-le-feu
"Il n'y a pas de cessez-le-feu, sinon regardez ce que le cessez-le-feu a apporté", ajoute-t-il, montrant le bâtiment détruit.
L'armée israélienne a indiqué avoir mené des frappes sur la bande de Gaza jeudi contre des combattants du Hamas et du Jihad islamique en riposte à des tirs sur ses troupes plus tôt dans la semaine.
Malgré la fin des massifs bombardements qui avant la trêve faisaient des dizaines de victimes par jour, selon la Défense civile, la plupart des habitants interrogés par l'AFP se disent sceptiques quant à une amélioration de leur quotidien.
Et ce malgré la formation cette semaine au Caire d'un comité technocratique palestinien chargé d'administrer et lancer la reconstruction du territoire sous l'égide d'un Conseil de paix que devrait présider M. Trump.
"Personne ne se soucie de nous", déplore Hossam Majed, un père de famille quadragénaire, qui vit dans les ruines de sa maison, à Gaza-ville. "Le monde entier se réunit au Caire pour parler de Gaza, mais ils ne peuvent même pas y entrer".
Il redoute que la deuxième phase du plan Trump - qui prévoit aussi le désarmement du Hamas et le retrait des troupes israéliennes - ne s'étire sur des années.
Israël, prédit-il, va traîner des pieds, en se servant du "prétexte" du retard du Hamas à lui rendre le dernier corps d'otage du 7-Octobre encore retenu dans le territoire palestinien, "puis du prétexte des armes" du mouvement islamiste palestinien.
- "Espoir et patience" -
Au jour le jour, les conditions de vie de l'immense majorité des habitants restent particulièrement précaires alors que plus de 80% des infrastructures ont été détruites selon les Nations unies.
Plusieurs travailleurs humanitaires et onusiens ont dit à l'AFP que si la situation a pu s'améliorer dans certains domaines depuis le 10 octobre, l'aide reste insuffisante en raison des difficultés d'accès imposées par les autorités israéliennes, qui démentent toute entrave.
Les réseaux d'eau et d'électricité, de même que le traitement des déchets, ne fonctionnent plus. Les hôpitaux tournent au ralenti quand ils sont encore ouverts, et le retour des enfants dans les écoles, largement détruites, n'est encore que marginal.
"La vraie vie nous manque" résume Nivine Ahmad, 47 ans, qui vit sous une tente d'un camp de déplacés à al-Mawasi (sud), "nous n'avons que l'espoir et la patience".
L'annonce de la formation du comité palestinien de gouvernance l'a quand même "fait imaginer" son retour dans sa ville de Gaza.
"Je me suis imaginée vivant avec ma famille dans un préfabriqué, avec de l'électricité et de l'eau à la place de notre maison bombardée", raconte-t-elle.
"Ce n'est qu'à ce moment-là que je sentirai que la guerre est terminée".
I.Saadi--SF-PST