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Une amende de 10.000 euros requise contre Saviano, accusé d'avoir diffamé Meloni
Le parquet de Rome a requis jeudi une amende de 10.000 euros contre le journaliste Roberto Saviano, poursuivi pour diffamation par la Première ministre d'extrême droite Giorgia Meloni, qui l'accuse de l'avoir injuriée en 2020 en raison de ses positions anti-migrants.
Les avocats de Mme Meloni ont pour leur part demandé des dommages-intérêts d'un montant de 75.000 euros, estimant que "l'accusé a utilisé un langage excessif, vulgaire et agressif".
"Je suis jugé pour mes paroles critiquant les mensonges populistes de ces dernières années contre les ONG (de sauvetage en Méditerranée) et les migrants", s'est défendu M. Saviano dans un message posté jeudi sur X.
Dans ce procès en première instance ouvert en novembre 2022, le journaliste et écrivain, auteur du best-seller international sur la mafia napolitaine "Gomorra", risque théoriquement jusqu'à trois ans de prison, mais le dernier mot reviendra au juge présidant le procès, dont la décision est attendue dans la journée.
"Le fait que ce procès ait été initié par Meloni, la Première ministre italienne, fait figure de dangereux avertissement pour les écrivains et journalistes, suggérant que leurs paroles pourraient conduire à de longues batailles judiciaires (...) et à un possible emprisonnement", s'est inquiété jeudi sur X l'association d'écrivains PEN International, qui défend la liberté d'expression.
La sentence nous permettra "certainement d'en savoir plus sur l'état de santé de la démocratie italienne", a affirmé de son côté l'avocat de M. Saviano, Antonio Nobile mercredi à l'AFP. "En outre, nous n'avons pas été rassurés par les polémiques des dernières semaines, avec l'attaque (de Mme Meloni, NDLR) contre une juge sicilienne", a-t-il ajouté.
La Première ministre s'est dite début octobre "stupéfaite" par la décision de cette juge ayant considéré le dernier décret anti-immigration de son gouvernement comme contraire à la Constitution et au droit européen. Une attaque qui a suscité les critiques de l'opposition et des syndicats de magistrats.
L'affaire jugée jeudi remonte à décembre 2020 lorsqu'il avait été demandé à M. Saviano, invité d'une émission politique, un commentaire sur la mort dans un naufrage d'un bébé de six mois venant de Guinée.
- "C'est une infamie" -
Ce nourrisson, Joseph, qui était l'un des 111 migrants secourus par le navire humanitaire Open Arms, était décédé avant d'avoir pu recevoir des soins médicaux. Dans une vidéo tournée par des sauveteurs et montrée à M. Saviano lors de l'émission, on peut entendre la mère du bébé pleurer.
L'écrivain, visiblement bouleversé, avait alors pointé du doigt Mme Meloni et Matteo Salvini, le chef de la Ligue anti-immigration aujourd'hui vice-Premier ministre: "Je veux juste dire à Meloni, et à Salvini, vous êtes des salauds! Comment avez-vous pu?"
Mme Meloni avait déclaré en 2019 que les navires d'ONG humanitaires qui secourent les migrants "devraient être coulés", alors que les migrants sauvés par les ONG ne représentent que 5% du total arrivant en Italie. M. Salvini, en tant que ministre de l'Intérieur la même année, avait bloqué l'arrivée de ces navires en Italie. Ce dernier est partie civile au procès.
En novembre 2022, M. Saviano avait expliqué avoir utilisé le terme "salaud" pour souligner les dommages causés par les "mensonges" de Mme Meloni et M. Salvini sur les ONG. "Comment avez-vous pu être aussi irréfléchis pour isoler, salir, transformer les navires humanitaires en bateaux pirates?", s'était-il indigné.
"Laisser les gens se noyer n'est pas une opinion politique. Discréditer les navires humanitaires n'est pas une opinion politique, c'est une infamie, et surtout c'est inhumain", avait-il ajouté.
PEN International avait exhorté en vain dans une lettre ouverte Mme Meloni, devenue Première ministre, à retirer sa plainte, déposée lorsque la cheffe du parti post-fasciste Fratelli d'Italia était encore dans l'opposition.
L'écrivain, sous protection policière depuis la publication de "Gomorra" en raison des menaces de la mafia, avait estimé l'an dernier que les poursuites engagées contre lui visaient à "en intimider un pour en intimider cent". Son avocat craint lui aussi l'effet "dissuasif" d'une condamnation sur les participants au débat public.
Les groupes de défense de la liberté de presse estiment que de tels procès sont symboliques d'une culture en Italie dans laquelle des personnalités publiques, souvent des responsables politiques, intimident les journalistes avec des poursuites judiciaires à répétition.
L'Italie est au 41e rang du classement mondial de la liberté de la presse 2023 publié par Reporters sans frontières.
V.AbuAwwad--SF-PST