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Argentine: les jeunes et "l'anti-caste" Milei, une adhésion sans filtre
Ils accrochent à son style direct, sa colère contre "la caste politique", ses appels à la "liberté". Les jeunes Argentins votent en nombre pour l'ultralibéral Javier Milei, une adhésion directe, sans garantie de fidélité, mais qui pourrait décider de la présidentielle.
"Vive la liberté, bordel !" Perché sur un abribus, Tiago Codevilla, mégaphone en main, martèle le slogan devenu emblématique du candidat libertaire, sur le passage de sa "caravane" électorale à San Martin, en lointaine banlieue de Buenos Aires.
Tiago, lycéen de 17 ans, votera pour la première fois le 22 octobre à la présidentielle, pour laquelle Milei, économiste aux propositions radicales et polémiques, est en tête des sondages avec 33-35% d'intentions de vote, et a minima voué au second tour.
"Je le vois depuis que j'ai 10-11 ans", explique à l'AFP Tiago, qui comme beaucoup a découvert Milei sur les réseaux sociaux. Où l'économiste "anarcho-capitaliste", comme il se décrit, a amplifié une présence déjà forte sur les talk-shows TV. Avec buzz garanti par un discours urticant, une "colère" à laquelle il est facile de s'identifier.
"Tu vois bien que ton père et ta mère n'ont pas assez d'argent, qu'ils sont constamment en train de maudire les politiciens en place, et un jour tu vois ce type sur Youtube, tu l'écoutes, tu commences à le suivre, et c'est quelque chose qui te marque", explique le jeune homme, queue de cheval et cravate sur chemisette débraillée.
- "Réveiller les lions" -
"Il ne te prend pas pour un idiot comme les autres. Il est direct, très explicite, et il ne va pas te raconter d'histoires, même si ça fait mal (...) Et comme il dit, ce qu'il veut +c'est réveiller des lions !+", s'émeut Tiago.
La radiographie du vote à la primaire d'août montre un vote Milei transcendant les âges, mais un électorat résolument jeune, avec près de 30% de moins de 30 ans. Un contraste avec les deux autres principaux candidats, le ministre de l'Economie Sergio Massa (24,5% d'électeurs jeunes), et la conservatrice Patricia Bullrich (17,5%) selon le cabinet d'étude d'opinion Taquion. Chez les "boomers", c'est l'inverse.
La préférence Milei est encore plus marquée chez les moins de 24 ans, souligne à l'AFP Alfredo Serrano, directeur du Centre stratégique latinoaméricain de géopolitique (CELAG).
"Cela s'explique par une crise de représentativité des partis traditionnels, depuis des décennies, accélérée ces dernières années", diagnostique le politologue, qui souligne "une relation très volatile".
"Les jeunes sont là aujourd'hui, mais demain on ne sait pas... Au fur et à mesure que les électeurs avancent en âge, ils s'éloignent de cette musique-là", souligne-t-il.
- "Et j'ai vu ce fou à la télé" -
Avec les jeunes "résonne un discours sur l'autonomie, la liberté, un certain individualisme, contre l'Etat, a fortiori après la pandémie", souligne Valentin Nabel, de l'institut d'enquête Opinaia.
Pour autant, même chez les jeunes, l'effet Milei n'agit pas sur tous et est plus prégnant chez les hommes que chez les femmes, dont certaines perçoivent ses positions (anti-IVG, suppression du ministère de la Femme) comme une menace.
Cela ne rebute pas Noelia Gonzalez. Employée de sécurité informatique de 25 ans, elle distribue des tracts dans l'élégante banlieue de Vicente Lopez, rappelant "qu'il y a beaucoup de femmes travaillant dans l'équipe Milei".
"Je ne voyais pas d'issue pour le pays, il y a encore quatre mois j'étais sur le point d'émigrer en Espagne, j'avais le visa, et d'un coup je vois ce fou à la télé qui dit +ne partez pas, restez, pariez sur le pays !", raconte-t-elle.
Alors elle est restée, s'est jointe à la campagne, et a même convaincu ses parents de voter Milei.
"Il défend la famille, la propriété privée... en ce sens c'est un révolutionnaire", résume Noelia Gomez, qui s'agace des comparaisons avec Bolsonaro ou Trump pour lequel elle exprime son admiration. "Quand quelqu'un veut faire quelque chose de différent, on le traite de dangereux, de nazi..."
A San Martin, le bain de foule de Milei déroule les scènes habituelles. Juché sur un pick-up le candidat brandit une tronçonneuse, emblème de ses coupes prévues dans les services publics. Il signe des faux billets de 100 dollars à son effigie, lui le chantre de la dollarisation de l'économie.
Quelque 200 personnes, jeunes mais pas que, suivent agglutinés. "Oooh, que la caste a peur !" entonne le choeur, dont Tiago, qui n'a pas arrêté de sautiller. Trente minutes, et le "lion" -emblème de Milei sur ses drapeaux, évoquant sa folle chevelure- est reparti.
"La politique ne me tente pas", avoue Tiago. "Mais je suis là parce que la situation du pays m'y oblige (...) On ne peut pas rester à la maison, il faut se battre pour cette liberté !"
Z.AbuSaud--SF-PST