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Anti-obésité: la vitesse de reprise du poids après l'arrêt des traitements éclaircie par une étude
A l'arrêt des traitements anti-obésité, la reprise de poids est quatre fois plus rapide qu'après l'interruption d'un régime et d'un programme d'activité physique, conclut une vaste étude britannique publiée jeudi, pointant le contrecoup d'un important amaigrissement initial mais aussi les limites des médicaments seuls.
La nouvelle génération de traitements contre le diabète et l'obésité, qui accentue l'action d'une hormone agissant sur la sécrétion d'insuline (GLP-1, abréviation de glugaco-like peptide 1) et plus largement sur la sensation de satiété, est devenue extrêmement populaire ces dernières années dans les pays les plus favorisés.
L'Organisation mondiale de la santé l'a même ajoutée en septembre dernier à sa liste de médicaments essentiels, tout en appelant à des versions génériques, moins chères, pour les populations des pays en développement.
Il a notamment été démontré que ces traitements aident à perdre entre 15 et 20% de poids.
"Tout cela semble être une bonne nouvelle", a observé Susan Jebb, spécialiste de nutrition publique à l'université d'Oxford et co-auteure de la nouvelle étude publiée dans la revue médicale BMJ. Mais des données récentes suggèrent qu'"environ la moitié des personnes arrêtent ces médicaments dans l'année", a-t-elle pointé lors d'une conférence de presse.
Cela pourrait s'expliquer par des effets secondaires courants, comme des nausées, ou par des tarifs très élevés, pouvant dépasser les 1.000 dollars par mois pour certains patients aux Etats-Unis même si les prix ont commencé à diminuer pour d'autres.
Après avoir passé en revue 37 études consacrées à l'arrêt de différents traitements amaigrissants, les chercheurs ont constaté que les participants reprenaient environ 0,4 kg par mois.
Six des essais cliniques portaient sur le sémaglutide, principe actif de l'Ozempic, indiqué dans le diabète de type 2, et de l'anti-obésité Wegovy du géant danois Novo Nordisk, ainsi que sur le tirzepatide, utilisé pour le Mounjaro d'Eli Lilly.
Pendant la prise de ces deux molécules, les participants de ces essais ont perdu près de 15 kilos en moyenne. Après l'arrêt du traitement, ils ont repris 10 kilos en un an -période de suivi la plus longue pour ces médicaments récents.
Et, selon une projection des chercheurs, les patients retrouveront en moyenne leur poids initial en 18 mois. Les indicateurs cardio-vasculaires, notamment la tension artérielle et le taux de cholestérol, ont retrouvé pour leur part leurs niveaux d'origine après 1,4 année.
De leur côté, les personnes ayant suivi des programmes combinant un régime alimentaire et de l'activité physique, sans prendre de médicaments, ont perdu beaucoup moins de poids. Mais il leur a fallu quatre ans en moyenne pour regagner les kilos perdus.
Autrement dit: les consommateurs de médicaments amaigrissants ont repris leur poids quatre fois plus vite.
- "Un point de départ" -
En règle générale, "une perte de poids importante tend à entraîner une reprise de poids plus rapide", a exposé Sam West, auteur principal de l'étude, de l'université d'Oxford.
Mais la prise de poids est, selon une analyse distincte, "systématiquement plus rapide après la prise de médicaments, quel que soit le poids perdu au départ", a-t-il ajouté.
Une possible explication est que les personnes ayant appris à manger plus sainement et à faire plus d'exercice continuent à le faire même lorsqu'elles reprennent du poids.
Si les médicaments de type GLP-1 "constituent un outil vraiment précieux dans le traitement de l'obésité, l'obésité est une maladie chronique récidivante", a souligné Susan Jebb. Et "on pourrait s'attendre à ce que ces traitements doivent être poursuivis à vie, comme les médicaments contre l'hypertension".
Cela aurait un impact sur l'évaluation du bénéfice de ces médicaments par les systèmes de santé nationaux, ont prévenu les chercheurs.
"Ces nouvelles données montrent clairement qu'ils constituent un point de départ, pas un remède", a réagi Garron Dodd, chercheur en neurosciences métaboliques à l'université de Melbourne, qui n'a pas participé à l'étude.
"Un traitement durable nécessitera probablement des approches combinées, des stratégies à plus long terme et des thérapies remodelant la manière dont le cerveau interprète l'équilibre énergétique, et pas seulement la quantité de nourriture ingérée", a-t-il déclaré au Science Media Centre.
S.Barghouti--SF-PST