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Incinéré à Lima, Vargas Llosa laisse un vide dans le monde de la littérature
"Génie des lettres" ou "monstre de la littérature" : les éloges et réactions ont continué d'affluer lundi, au lendemain du décès à Lima du prix Nobel de littérature Mario Vargas Llosa dont la dépouille a été transférée à un crématorium de la capitale péruvienne pour y être incinérée.
Issu de la classe moyenne péruvienne, Mario Vargas Llosa s'est imposé comme l'une des grandes voix du "boom" littéraire latino-américain des années 1960-1970, aux côtés de Gabriel García Márquez et Julio Cortázar. Il en était le dernier représentant encore en vie.
Le cercueil en bois sombre renfermant sa dépouille a quitté son domicile du quartier de Barranco à bord d'un corbillard, suivie par une caravane de voitures. Le cortège funéraire a rejoint le crématorium de l'armée péruvienne situé dans le sud de la capitale.
La dépouille de l'auteur d'oeuvres mondialement connues telles que "Conversation à la Cathédrale" ou "La Ville et les Chiens" devait y être incinérée, conformément à ses dernières volontés, selon sa famille.
Mario Vargas Llosa est décédé dimanche à son domicile. La cause de sa mort n'a pas été dévoilée par sa famille.
Sa santé était cependant fragile depuis son retour à Lima, après avoir quitté Madrid en 2024. Depuis quelques mois, l'écrivain vivait en retrait de la vie publique.
Le gouvernement péruvien a décrété un jour de "deuil national" lundi et mis en berne les drapeaux sur les bâtiments publics.
La présidente péruvienne Dina Boluarte, vêtue de noir, s'est rendue à la mi-journée à la veillée funèbre organisée au domicile du défunt pour présenter ses condoléances au nom du gouvernement.
Elle a été accueillie à la porte de l'immeuble par le fils aîné de l'écrivain, Álvaro Vargas Llosa. Une longue accolade a précédé leur entrée dans le bâtiment. Aucune déclaration n'a été faite aux journalistes sur place.
La veille, quelques admirateurs s'étaient rassemblés devant l'immeuble, tenant des œuvres de l'écrivain à la main.
- "Infinie gratitude" -
Les éloges et hommages ont afflué du monde entier après l'annonce de son décès.
"Nous avons reçu des messages de toute l'Amérique latine, des États-Unis, de l'Europe, de l'Asie et du Moyen-Orient", a déclaré lundi à la presse Alvaro Vargas Llosa, disant son "infinie gratitude".
Le Comité du Prix Nobel a notamment rappelé qu'il avait décerné celui de littérature à Mario Vargas Llosa en 2010 "pour sa cartographie des structures de pouvoir et ses images mordantes de la résistance, de la révolte et de la défaite de l'individu".
"La littérature hispanophone fait ses adieux à Mario Vargas Llosa, maître universel du mot", a réagi sur X le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, soulignant son "immense œuvre et tant d'ouvrages essentiels à la compréhension de notre époque".
Dans les rues de la capitale Lima, nombreux étaient aussi les admirateurs à lui rendre hommage.
"Je me souviens de Mario Vargas Llosa comme d'un monstre de la littérature latino-américaine et mondiale", raconte à l'AFP Oscar Trelles, un employé de 60 ans rencontré près d'un kiosque à journaux.
Les librairies ont ouvert en mettant en vitrine les œuvres de Vargas Llosa, tandis qu'au collège militaire Leoncio Prado, où l'écrivain a étudié et qui constitue le décor de son roman "La Ville et les Chiens", les cadets lui ont rendu hommage en formant, en rangs serrés, les initiales du Nobel : MVLL.
Traduit en une trentaine de langues, Vargas Llosa, auteur francophile qui a vécu plusieurs années à Paris, a été en 2016 le premier écrivain étranger à entrer de son vivant dans la prestigieuse collection de la Pléiade, de l'éditeur français Gallimard.
Une entrée qui "fut pour lui très importante", a souligné dans un communiqué à l'AFP le patron de cette maison d'édition Antoine Gallimard, "car elle représentait l'espoir et le signe d’une confraternité entre écrivains et lecteurs".
Élu à l'Académie française en 2021, il était le "romancier des tyrannies, des servitudes et des émancipations", a-t-il ajouté.
Le président français Emmanuel Macron a salué sur X un "génie des lettres".
J.Saleh--SF-PST