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Venezuela: "Chavez vit" dans son mausolée de la caserne qui l'a rendu célèbre
"Chavez vit, Carajo! La Patrie continue!" crie un soldat tous les jours à 16H25 à la caserne de la Montagne de Caracas, juste avant un tir de canon en mémoire de la mort le 5 mars 2013 à la même heure de Hugo Chavez, qui avait accédé à la présidence il y a tout juste 25 ans.
Le terme "carajo", une interjection vulgaire signifiant ici "bordel", donne une touche populaire au cérémonial très martial, avec les soldats qui lancent leurs jambes à l'horizontale pour tout déplacement ou la lecture très lente et à la criée d'un petit texte en hommage à l'ancien homme fort du Venezuela, mort d'un cancer alors qu'il était au pouvoir et dont la dépouille repose dans la caserne.
Mais, à son mausolée, le mot +mort+ semble interdit. Guides, soldats ou responsables de la fondation Chavez parlent de "départ", de "passage à un autre plan", de "fin terrestre"...
Symbole et stratégie se confondent. La caserne de la Montagne, sur une colline des hauteurs de la capitale, surplombe des quartiers populaires mais aussi et surtout le palais présidentiel de Miraflores, comme si le commandant Chavez surveillait toujours le pays.
Construite en 1910, la caserne peinte en rouge --la couleur du communisme mais aussi du chavisme-- avec des touches de blanc est désormais couronnée d'un "4F", en référence au 4 février 1992, date du coup raté de Chavez, jeune officier aux idées socialistes, qui avait alors tenté de renverser le président Carlos Andres Perez.
- hussards rouges -
Pendant les opérations, Chavez avait fait de la caserne son QG. Le coup a échoué mais l'avait rendu célèbre et populaire.
Sept ans plus tard, le 2 février 1999, il accédait au sommet de l'Etat cette fois par la voie des urnes, après sa victoire a la présidentielle de décembre 1998.
Des groupes de touristes étrangers ou vénézuéliens visitent régulièrement le site, les visiteurs individuels sont plus rares.
Lucas Lembo, touriste italien de retour de plusieurs semaines à la plage, se rend au Mausolée pour son unique jour à Caracas : "Beaucoup de gens l'aiment, d'autre moins, mais c'est l'histoire du Venezuela. Comment ne pas y faire une photo?"
Dans la caserne, les visiteurs peuvent revoir tout la vie du "comandante", avec des photos des ses aïeux, de sa jeunesse, de manifestations de sa présidence jusqu'à "son dernier souffle consacré au bien être du peuple vénézuelien", dit Sorelys Guilarte Rondon, 44 ans, guide depuis 10 ans au Mausolée.
Dans les salles, des objets personnels, des lettres, une tenue de baseball, des uniformes ou armes lui ayant appartenu.
Le musée a reconstitué une partie de sa maison natale aux murs de terre, son pupitre d'écolier, une tente de campagne ou la cellule de la prison de Yare dans laquelle il a passé deux ans de 1992 à 1994 après le coup raté.
Sur un mur de cette cellule, la phrase "Le moulin des dieux moud lentement (proverbe grec)" destiné à lui donner la patience d'attendre son moment.
On découvre aussi les photos d'identité de ceux ayant participé au putsch avorté dont celle de Diosdado Cabello, ancien vice-président et souvent considéré comme le numéro 2 du pouvoir actuel même s'il n'apparait plus dans l'exécutif.
Au centre de la caserne, le tombeau en marbre du "commandant suprême de la Révolution bolivarienne Hugo Chavez Frias", "entouré des quatre éléments: eau, feu, pierre et air", explique la guide.
Au mur, deux photos de Chavez mais aussi un portait de Simon Bolivar, dont Chavez était un grand admirateur et se voulait un héritier.
Immobiles, quatre hussards, sabre à la main, vêtus de rouge et coiffés de Colbacks noirs couronnés d'une plume rouge, encadrent le sarcophage noir.
Des hussards similaires encadrent aussi le mausolée du héros national Simon Bolivar, l'un des libérateurs de l'Amérique latine au XIXe siècle, dans le centre de Caracas.
A la caserne, ils sont relevés toutes les deux heures lors d'un cérémonial également très martial. Avant une triste sonnerie de trompette, chacun des soldats énonce une partie de la vie de Chavez. L'un deux crie: "Bataille et victoire. Chavez vit!"
U.AlSharif--SF-PST