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Un homme "meurtri" qui reconnaît des "erreurs" : l'ex-roi d'Espagne Juan Carlos publie ses mémoires
Il rêve de revenir dans son pays et reconnaît des erreurs: l'ancien roi d'Espagne Juan Carlos, contraint à l'exil après plusieurs scandales, se décrit comme un "homme meurtri" dans ses mémoires inédits publiés mercredi en France et coécrites avec l'écrivaine Laurence Debray.
"Il n'y a pas un jour où la nostalgie ne m'a pas envahi. Comme si l'Espagne me collait à la peau", assure l'ancien monarque âgé de 87 ans, exilé depuis 2020 aux Emirats arabes unis. Il confie avoir eu très peur "de disparaître sans avoir pu tout raconter, tout expliquer".
Dans ce livre de 500 pages écrit à la première personne et intitulé "Réconciliation" (Stock), Juan Carlos, qui a abdiqué en 2014, reconnaît des "erreurs", comme sa relation avec l'une de ses maîtresses, l'aristocrate allemande Corinna Larsen, qu'il évoque sans la nommer.
"Je ne peux pas éluder cette affaire puisqu'elle a eu un impact malheureux sur mon règne et mon destin. Mais c'est à contrecœur que je l'aborde. Et ce sera sûrement l'unique fois", confie Juan Carlos.
Ils étaient ensemble au Botswana en 2012 lors d'une partie de chasse au cours de laquelle le roi avait été blessé, un incident qui avait provoqué un tollé dans un pays alors plongé dans la crise économique et contribué à ternir la réputation du monarque.
L'ancien roi revient aussi sur les nombreux cadeaux reçus pendant son règne et qualifie de "grave erreur" le fait d'avoir accepté un don de 100 millions de dollars de la part du roi Abdallah d'Arabie saoudite. "C'est "un cadeau que je n'ai pas su refuser".
"Il dit publiquement qu'il regrette certaines choses. C’est assez explicite", souligne auprès de l'AFP Laurence Debray, qui s'est entretenue en français avec Juan Carlos, qui parle selon elle "un beau français ancien".
"C'est sa version, sa vérité, c'est vraiment l'histoire avec un grand H, mais décrite de l'intérieur, de son point de vue personnel", selon elle.
L'écrivaine, qui avait déjà écrit une biographie du monarque en 2013 et l'avait interrogé pour un documentaire juste avant son abdication en 2014, s'est installée en septembre 2022 à Abu Dhabi pour rédiger ses mémoires.
- Revenir à la maison -
Juan Carlos avait accédé à la tête de l'Etat espagnol en 1975, après la mort du dictateur Franco, qui l'avait désigné pour être son successeur.
Il a été une figure majeure de la scène internationale, saluée et respectée pendant des décennies, pour avoir permis le retour de la démocratie en Espagne.
Peu avant le décès de Franco, "j'étais assis à ses côtés, sur son lit d'hôpital. Il m'a pris la main et m'a dit comme dans un dernier souffle : + Altesse, je vous demande une seule chose : maintenez l'unité du pays + J'avais donc les mains libres pour enclencher des réformes", raconte-t-il.
Juan Carlos, "c'est quand même un destin européen unique, c'est un des seuls leaders depuis la Deuxième Guerre mondiale vivant", selon Laurence Debray.
Dans ses mémoires, l'ancien roi évoque aussi son épouse Sofia, restée en Espagne, où il effectue des visites occasionnelles. "Je regrette amèrement que ma femme n'ait jamais fait le voyage pour me voir. Je soupçonne qu'elle ne veuille pas fâcher son fils", l'actuel roi d'Espagne Felipe VI, assure-t-il.
En Espagne, où ses mémoires seront publiés en décembre, "on a eu l'image d'un homme assez jovial, assez proche des gens, assez sympathique". Mais en fait, "c'est quand même un homme qui a été très seul, très déchiré entre sa famille et Franco, depuis la plus tendre enfance", assure Laurence Debray.
Pour la fin de sa vie, Juan Carlos aimerait "plus que tout revenir en Espagne, à la maison". "Je voudrais retrouver ma place. Celle d'un homme qui s'est entièrement donné à son pays. Qui espère y être enterré avec les honneurs", confie-t-il.
W.Mansour--SF-PST