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"Tout le monde est effrayé": à Moscou, hommage restreint à l'opposant Boris Nemtsov
"Tout le monde est effrayé": à Moscou, hommage restreint à l'opposant Boris Nemtsov / Photo: HECTOR RETAMAL - AFP

"Tout le monde est effrayé": à Moscou, hommage restreint à l'opposant Boris Nemtsov

Sur un pont près du Kremlin, seule une dizaine de personnes ont surmonté la peur et sont venues vendredi matin rendre hommage à l'opposant Boris Nemtsov, assassiné à cet endroit précis, il y a onze ans.

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Boris Nemtsov, qui fut vice-premier ministre sous la présidence de Boris Eltsine (1991-1999) avant de devenir un opposant farouche à Vladimir Poutine, avait été abattu de quatre balles sur ce pont, le 27 février 2015. Il avait 55 ans.

Des centaines de personnes se réunissaient autrefois sur ce lieu, autour d'un mémorial improvisé, pour l'anniversaire de sa mort. Cette année, rares sont ceux qui ont osé venir.

"Si peu de monde, ils ont tous oublié", soupire un homme âgé, qui refuse de donner son nom. "Tout le monde est effrayé", affirme à l'AFP une femme se tenant à proximité.

Après le lancement de l'offensive massive contre l'Ukraine en février 2022, le Kremlin a introduit de strictes lois de censure militaire qui ont réduit ses détracteurs au silence et instauré un puissant climat de peur.

Le 27 février 2022, des manifestants avaient organisé un rassemblement contre la guerre devant le mémorial à Nemtsov. De son vivant, ce dernier s'était lui-même opposé, en 2014, à l'annexion de la Crimée et au soutien de Moscou aux séparatistes de l'est de l'Ukraine.

Vendredi matin, des ambassadeurs et diplomates occidentaux, une trentaine de personnes au total -- soit trois fois plus que le nombre de Russes réunis au même moment - ont déposé des œillets rouges devant le mémorial.

Tout près, les forces de l'ordre veillent. "Circulez, ne vous rassemblez pas en foule, ne bloquez pas le passage", déclare un policier au mégaphone.

- "Espoirs détruits" -

Pour ses partisans, Nemtsov aurait pu conduire le pays sur une voie démocratique. "La Russie aurait dû avoir – même si, malheureusement, cela ne s'est pas produit – un dirigeant exactement comme Nemtsov", affirme à l'AFP Sergueï, un scientifique de 79 ans.

"En ce moment, tout est réprimé ici, tout est persécuté, des gens sont en prison", déplore-t-il, sans donner son nom de famille.

"Les espoirs de tout le pays reposaient sur lui, de tous ceux qui voulaient que nous soyons libres ici", abonde Olga Vinogradova, 66 ans, qui entretient avec dévotion, avec d'autres bénévoles, le mémorial à Nemtsov composé de fleurs, de photos du défunt, et qui a été vandalisé à plusieurs reprises depuis 2015.

"Quand cet homme a été tué, nous avons tous été exécutés à ce moment-là. Parce que nos espoirs ont été détruits", dit-elle. "Avec ce mémorial, nous rappelons aux gens qu'il existait une autre voie pour la Russie. Et qu'il y avait une personne bien réelle qui aurait pu nous y conduire."

Physicien de formation, Boris Nemtsov s'était fait connaître dans les années 1990 en tant que jeune gouverneur libéral de la région de Nijni Novgorod. Il avait été largement pressenti pour succéder à Boris Eltsine.

C'est finalement un ex-agent du KGB, Vladimir Poutine, qui arriva au pouvoir fin 1999. Nemtsov lui avait d'abord apporté un soutien hésitant, avant de devenir l'un de ses adversaires.

Boris Nemtsov avait en grande partie perdu sa popularité dans les années suivantes et n'était plus qu'une figure secondaire de la politique russe lorsqu'il a été tué. Néanmoins, son assassinat a choqué le pays et le monde entier.

Ses partisans accusent le dirigeant tchétchène, Ramzan Kadyrov, d'avoir ordonné ce crime, ce qu'il nie. Cinq Tchétchènes ont été condamnés à des lourdes peines de prison pour avoir exécuté ce meurtre, mais les commanditaires n'ont jamais été arrêtés.

L'un des hommes condamnés, Temirlan Eskerkhanov, a été gracié et libéré en 2024 après s'être engagé dans l'armée russe et avoir été envoyé sur le front en Ukraine.

Boris Nemtsov était l'un des premiers soutiens d'Alexeï Navalny, mort en 2024 dans une prison de l'Arctique, et victime, selon son équipe, d'un empoisonnement ordonné par le Kremlin, ce qu'il dément.

Les principaux détracteurs de Vladimir Poutine sont en exil, en prison ou morts. Pour Gleb, un photographe de 23 ans, un mouvement ou une personne comme Nemtsov est "impossible" actuellement. Mais il s'accroche néanmoins à un faible espoir: "Tout peut changer à tout moment."

G.AbuGhazaleh--SF-PST