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Japon: la Première ministre sur le point d'annoncer des élections anticipées, selon la presse
La Première ministre japonaise Sanae Takaichi devrait, selon la presse locale, annoncer lundi son intention de convoquer des élections législatives anticipées en vue de renforcer sa majorité pour appuyer son ambitieux programme politique.
Première femme cheffe de gouvernement dans l'archipel, la conservatrice mise sur les bons sondages d'opinion pour doper les scores de son Parti libéral-démocrate (PLD, droite nationaliste), formation impopulaire dont la coalition n'est majoritaire que de justesse.
Après avoir fait état de ses intentions aux responsables du parti la semaine dernière, Mme Takaichi doit confirmer lundi lors d'une conférence de presse son intention de dissoudre la chambre basse et d'organiser un scrutin anticipé -- attendu le 8 février.
Le PLD gouverne le Japon presque sans interruption depuis des décennies, mais a vu sa popularité minée par des scandales de financement et son incapacité à juguler une flambée inflationniste.
Mme Takaichi a pris ses fonctions en octobre, propulsée à la tête du parti après que le PLD a perdu la majorité dans les deux chambres du Parlement sous son prédécesseur Shigeru Ishiba.
Or, malgré l'image en berne du PLD, le gouvernement Takaichi caracole dont les sondages avec une popularité de 60 à 70%.
- Contrer l'inflation -
Certes, le PLD et son nouveau partenaire de coalition, le Parti de l'innovation, ont retrouvé de justesse la majorité à la chambre basse en novembre à la faveur du ralliement d'une poignée d'élus, mais cette majorité est restreinte, et ils sont minoritaires à la chambre haute.
De quoi entraver l'adoption du programme de Sanae Takaichi qui comprend des dépenses "proactives" pour doper l'activité et l'augmentation du budget de la défense.
"Si le PLD peut obtenir à lui seul la majorité à la chambre basse, cela l'aidera à mener ses politiques" sans concessions aux autres partis, décrypte Sadafumi Kawato, professeur à l'Université de Tokyo.
Dans la foulée d'un colossal plan de relance adopté fin 2025, le gouvernement a approuvé un nouveau budget record (équivalant à 665 milliards d'euros) pour l'exercice 2026 commençant en avril, promettant d'obtenir l'aval du Parlement au plus vite afin de mieux contrer l'inflation et soutenir la consommation.
Les partis d'opposition estiment qu'une dissolution retarderait l'adoption du budget. Pour Jun Azumi, du principal parti d'opposition, le Parti démocrate constitutionnel (PDC), cela "sacrifierait" les besoins des ménages nippons.
Dans les rues de Tokyo, Masaaki Tokuno, 64 ans, gestionnaire de parkings à vélos, confie à l'AFP que "l'adoption de politiques pour lutter contre l'inflation devrait passer en premier".
Conscient de la sensibilité du sujet, le PLD envisage selon la presse de faire campagne sur une baisse de la taxation des produits alimentaires afin d'atténuer l'impact de l'envolée des prix (+2,9% sur un an en novembre, produits frais inclus).
- Tensions avec Pékin -
Des élections anticipées interviendraient sur fond de bras-de-fer sino-japonais.
La dirigeante, qui a accueilli en fanfare à Tokyo le président américain Donald Trump et participé à des sommets dès sa prise de fonctions, se montre active sur la scène internationale.
Mais les relations avec Pékin se sont détériorées depuis que Mme Takaichi a suggéré en novembre que Tokyo pourrait intervenir militairement si la Chine lançait une attaque contre Taïwan.
Or, d'après Mikitaka Masuyama, doyen de l'Institut national d'études politiques, la Chine pourrait intensifier davantage sa pression si Takaichi l'emporte, soucieux d'envoyer aux électeurs "le message que soutenir une dirigeante +faucon+ pourrait générer des souffrances accrues" via notamment des sanctions commerciales.
Pékin a déjà annoncé un durcissement des restrictions sur l'exportation de produits à "double usage", civil et miliaire, vers le Japon, ce qui pourrait affecter les acheminements de terres rares, composants cruciaux pour l'électronique et l'automobile dont la Chine a un quasi-monopole.
Selon un sondage du journal Asahi, 60% des personnes interrogées se disent inquiètes de l'impact économique de la dégradation des relations nippo-chinoises.
L'élection à la chambre haute en juillet, qui a scellé la perte de majorité du PLD, avait vu le Sanseito gagner du terrain: cette formation populiste qualifie l'immigration d'"invasion silencieuse", alors même que les résidents nés à l'étranger représentent 3% seulement de la population.
Sur ce sujet majeur pour l'opinion, Sanae Takaichi, au ton déjà virulent contre les étrangers, pourrait rapidement annoncer un durcissement des règles à leur encontre.
Dans l'opposition, le petit parti bouddhiste Komeito (centre droit), ex-partenaire du PLD, et le Parti démocrate constitutionnel du Japon sont convenus d'unir leurs forces en espérant séduire les électeurs indécis.
V.Said--SF-PST