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Face aux accusations de discrimination, ses proches défendent la mémoire de Samuel Paty
Un "humaniste", un "laïc éclairé" et "tolérant", respectueux des religions et des élèves: les proches de Samuel Paty ont défendu mardi la mémoire du professeur assassiné en 2020 par un islamiste et exprimé leur "dégoût" face aux accusations de discrimination des élèves musulmans.
"Nous n'accepterons jamais qu'on le traite d'islamophobe, de raciste. Cette rumeur nous anéantit." Frêle silhouette au côté de son époux à la barre de la cour d'assises d'appel spéciale de Paris, Bernadette Paty loue la "tolérance à toute épreuve" de leur fils.
Son témoignage livré, le couple d'instituteurs retraités rentrera dans l'Allier pour ne pas entendre "les dénis des accusés" jusqu'au verdict le 27 février, dit-elle.
Condamnés en première instance à des peines de treize à seize années de réclusion criminelle, quatre hommes sont rejugés pour leur rôle dans l'assassinat du professeur d'histoire-géographie, décapité le 16 octobre 2020 près de son collège du Bois-d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) par Abdoullakh Anzorov, islamiste tchétchène abattu par la police.
Naïm Boudaoud, 24 ans, et Azim Epsirkhanov, 25 ans, sont accusés d'avoir aidé le jeune homme de 18 ans à se procurer ses armes.
Un parent d'élève, Brahim Chnina, 54 ans, et le prédicateur islamiste Abdelhakim Sefrioui, 66 ans, ont eux été au coeur de la campagne de haine qui a abouti à l'assassinat. M. Sefrioui avait élaboré et diffusé des vidéos virulentes, prenant pour argent comptant les accusations de discrimination formulées par la fille de M. Chnina, pourtant absente au cours de Samuel Paty sur la liberté d'expression.
L'avocat du prédicateur, Francis Vuillemin, lit des extraits de témoignages de deux élèves, racontant comment, au moment de montrer des caricatures de Mahomet, le professeur aurait demandé aux élèves musulmans de sortir. Des "morceaux choisis", "tronqués", s'indigne Me Francis Szpiner, conseil de l'ex-compagne et du fils de Samuel Paty.
La présidente lit effectivement d'autres passages: les deux adolescents disent ne pas s'être sentis discriminés par ce professeur "gentil" qui "faisait attention" à ses élèves. Une autre avait dit trouvé "ça bien" de prévenir.
- "Dignité" -
Me Vuillemin tente de tempérer son propos: "Samuel Paty n'était ni raciste, ni islamophobe." Mais son cours suscitait des "clivages entre professeurs", relève-t-il, s'employant à convaincre de la "bonne foi" de M. Sefrioui "quand il s'empare d'un vrai problème".
"Proposer à des enfants de sortir, même par bienveillance, c'est une erreur et c'est un manquement", persiste un autre professeur d'histoire du collège qui confirme avoir été alors en désaccord avec Samuel Paty, même s'il refuse aujourd'hui de l'accuser de "discrimination" et évoque une "erreur ponctuelle".
"Est-ce que vous saviez que plusieurs élèves, sur plusieurs années, avaient pu se dire choqués" par ses cours, demande l'avocat à une professeure de lettres qui, avant l'assassinat, avait également exprimé un différend "pédagogique" avec Samuel Paty. "Non", répond-elle.
"N'aurait-il pas pu supprimer la caricature obscène" parmi les quatre qu'il présentait aux élèves, faire en sorte "que tout le monde soit resté dans la classe? Et on ne serait pas ici aujourd'hui?", l'interroge l'avocat, déclenchant la stupéfaction indignée dans une salle sous tension.
Samuel Paty était "extrêmement tolérant, et notamment des religions", "particulièrement vigilant à ne pas heurter, à ne pas froisser les sensibilités de chacun", dit une de ses soeurs, Gaëlle. C'était justement pour cela qu'il laissait à ses élèves le choix de "fermer les yeux ou (de) sortir de la classe" au moment de présenter des caricatures. C'était "peut-être maladroit dans la méthode" mais "il a voulu les protéger".
Un professeur de mathématiques est venu rappeler que c'était la quatrième année que ce cours était dispensé, sans que cela ne suscite de remous jusqu'alors. Samuel Paty était-il raciste? "Non, non", se récrie l'enseignant. Islamophobe? "Encore moins."
"J'ai parfois l'impression qu'on oublie la gravité" de ce qui est jugé, regrette Gaëlle Paty, "attristée du déroulement des débats". Elle attend une chose: que ceux-ci "retrouvent la dignité qu'on doit à (s)on frère."
F.AbuShamala--SF-PST