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L'armée syrienne prend le contrôle de zone évacuées par les Kurdes sous la pression
L'armée a pris samedi le contrôle de localités du nord de la Syrie évacuées sous la pression par les forces kurdes, étendant son emprise sur de nouveaux pans du pays au lendemain d'un décret accordant des droits nationaux à la minorité kurde.
L'armée syrienne a annoncé dans un communiqué à la télévision officielle avoir repris samedi le contrôle de 34 "villes et villages".
Après avoir bombardé vendredi des positions kurdes, elle est notamment entrée samedi matin dans la ville de Deir Hafer, à une cinquantaine de km à l'est d'Alep, précisant avoir encadré le départ de plus de 200 combattants kurdes de la zone.
Un correspondant de l'AFP a vu des combattants kurdes quitter la ville, et indiqué qu'un grand nombre d'habitants qui avaient fui au cours des derniers jours revenaient chez eux.
L'armée s'est ensuite dirigée vers une autre localité, Maskana, où, selon elle, deux soldats ont été tués dans "une attaque" menée par les forces kurdes.
Les Forces Démocratiques Syriennes (FDS, dominées par les Kurdes) ont assuré de leur côté avoir perdu plusieurs de leurs combattants dans une attaque de l'armée, qui n'a pas respecté le délai accordé pour le retrait kurde de la zone.
Des habitants sur la route menant à cette localité, où une partie de la population est arabe, ont acclamé les troupes syriennes, a vu un correspondant de l'AFP.
- Le chef des FDS à Erbil -
M. al-Chareh, un ex-jihadiste, a renversé en décembre 2024 Bachar al-Assad à la tête d'une coalition islamiste et se dit déterminé à étendre son autorité sur l'ensemble du territoire national.
Dans le même temps, il a annoncé vendredi soir reconnaître par décret les droits nationaux des Kurdes dont la langue sera désormais officielle, une décision historique dans le pays où cette minorité est estimé à quelque deux millions sur une population de 20 millions d'habitants.
L'administration autonome kurde du nord de la Syrie a estimé samedi que ce décret constitue "un premier pas mais ne satisfait pas les aspirations et les espoirs du peuple kurde".
Durant le chaos de la guerre civile (2011-2024), les FDS se sont emparés de vastes territoires du nord et du nord-est de la Syrie -incluant champs pétroliers et gaziers- après avoir défait le groupe jihadiste Etat islamique (EI) avec l'appui d'une coalition multinationale.
Le pouvoir a conclu en mars 2024 un accord avec les Kurdes pour intégrer leurs institutions civiles et militaires au sein de l'Etat syrien, mais son application bute sur les exigences contradictoires des deux parties, toutes deux soutenues par les Etats-Unis.
Samedi, le chef des puissantes FDS Mazloum Abdi est arrivé à Erbil, au Kurdistan d'Irak, pour y rencontrer l'émissaire américain Tom Barrack, a indiqué à l'AFP une source de la présidence du Kurdistan.
M. Abdi avait annoncé vendredi soir avoir décidé le retrait de ses forces de la zone entre Deir Hafer et l'Euphrate à partir de samedi matin, "à l'appel de pays amis et de médiateurs".
- "Dans la Constitution" -
Les Kurdes sont une minorité notamment répartie entre la Turquie, la Syrie, l'Irak et l'Iran.
Le chef de l'Etat syrien a assuré vendredi soir qu'ils constituaient "une partie intégrante" du pays où ils ont souffert de décennies de marginalisation et d'oppression des régimes précédents.
"Nous voulons que les droits du peuple kurde, l'apprentissage de la langue ainsi que la représentation politique et militaire soient reconnus dans la Constitution", affirme cependant à l'AFP Chebal Ali, un habitant de la ville kurde de Qamichli âgé de 30 ans.
A Damas, Yara, une artiste kurde qui ne veut pas donner son nom de famille, estime elle aussi que "le gouvernement doit donner des garanties pour obtenir la confiance des Kurdes".
"Il n'est pas facile pour nous de renoncer à nos armes et nos territoires, déposer les armes sans une véritable participation" qui serait spécifiée par la Constitution, ajoute cette femme de 42 qui habite dans le quartier à majorité kurde de Rukneddine.
Nanar Hawach, analyste sur la Syrie à l’International Crisis Group, estime que le décret président Chareh "accorde des concessions culturelles tout en consolidant le contrôle militaire".
"Il ne répond pas aux revendications du nord-est en matière d’autogouvernance", explique-t-il à l'AFP, ajoutant que le président est d'accord avec "l’idée d’accorder des droits culturels, mais trace une ligne rouge lorsqu’il s’agit du partage du pouvoir".
Pour ce spécialiste, Damas semble chercher à "provoquer une fracture entre les civils kurdes et les forces armées qui les gouvernent depuis une décennie.
C.AbuSway--SF-PST