Sawt Falasteen - Pourquoi l'or et l'argent ont chuté avec la guerre

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Pourquoi l'or et l'argent ont chuté avec la guerre
Pourquoi l'or et l'argent ont chuté avec la guerre / Photo: MICHAL CIZEK - AFP/Archives

Pourquoi l'or et l'argent ont chuté avec la guerre

Traditionnellement considérés comme des valeurs refuges, l'or et l'argent ont vu leurs prix chuter nettement avec le conflit au Moyen-Orient, effaçant la majeure partie des gains record accumulés depuis le début de l'année. Une dynamique à première vue paradoxale... mais qui a ses explications.

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- Besoin urgent de cash -

Face à l'incertitude provoquée par la guerre, les investisseurs ont vendu rapidement certains actifs pour récupérer du cash et compenser leurs pertes ailleurs.

Ils se sont tournés vers l'or en premier, "compte tenu de l'ampleur de sa hausse" avant le conflit, explique Joshua Mahony, analyste chez Scope Markets. Le métal précieux a en effet frôlé fin janvier 5.600 dollars l'once (31,1 g), un record historique.

En liquidant l'or et l'argent, ils ont pu récupérer des dollars, la devise dans laquelle s'échangent les hydrocarbures comme le pétrole, dont les cours ont explosé avec le blocage du détroit d'Ormuz et les frappes sur les infrastructures énergétiques au Moyen-Orient.

"Après des années de constitution de stocks, on s'attend à ce que les pays du Moyen-Orient, en particulier, se débarrassent d'une grande partie de leurs réserves (d'or, ndlr) alors que leurs revenus provenant de l'énergie s'écroulent", ajoute aussi M. Mahony.

Aujourd'hui, l'once d'or ne se négocie plus qu'autour de 4.550 dollars. L'argent s'échange à environ 73 dollars, loin de son pic de plus de 120 dollars atteint il y a deux mois.

- Des hausses de taux à venir -

Sur le plus long terme, la crainte d'une inflation dopée par la flambée du prix des hydrocarbures devrait contraindre la Réserve fédérale américaine --tout comme d'autres grandes banques centrales, d'ailleurs-- à relever ses taux d'intérêt.

De telles hausses feraient du dollar et des obligations d'État américaines, des valeurs refuges plus attractives que les métaux précieux.

"L'or ne rapporte aucun rendement et est donc moins intéressant", là "où les liquidités pourraient bientôt offrir des retours plus élevés", explique Russ Mould, analyste chez AJ Bell.

L'argent, aussi utilisé pour construire des panneaux solaires, des batteries de véhicules électriques ou encore des centres de données nécessaires au secteur de l'intelligence artificielle, a aussi souffert des craintes d'un ralentissement de la croissance mondiale, synonyme d'une moindre demande industrielle.

- Vols bloqués, demande fragilisée -

La guerre bloque le transport en avion de l'or et de l'argent en provenance et à destination de Dubaï, plaque tournante de 20% des flux mondiaux du métal vers l'Inde, relevait récemment le Conseil mondial de l'or (CMO), interrogé par l'AFP.

Le "marché physique" est ainsi "temporairement court-circuité". "Le flux traditionnel de Londres vers l'Asie est bloqué, les principaux centres de transit perturbés et les acheteurs régionaux mis hors jeu", explique Stephen Innes, analyste chez SPI AM.

Le Moyen-Orient, avec 270 tonnes d'or achetées l'an dernier par des particuliers (bijoux, barres, pièces), représentait près de 10% de la demande privée mondiale, plus que les États-Unis ou l'Europe, selon les calculs de l'AFP basés sur les chiffres du CMO.

Même si la demande locale n'est que "retardée", le prix s'ajuste à la baisse à court terme, selon M. Innes.

À plus long terme, si dette publique et stagflation persistent, l'or pourrait cependant redevenir "une protection contre l'instabilité économique et la dépréciation monétaire", souligne Ole Hansen, de Saxo Bank.

Et la demande mondiale pourra alors repartir.

T.Ibrahim--SF-PST