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Objectif Lune: c'est reparti pour un tour
Plus de 50 ans après la fin du programme Apollo et le dernier vol habité vers la Lune, trois hommes et une femme s'apprêtent à embarquer début avril pour une épopée lunaire devant inaugurer une nouvelle page de la conquête spatiale américaine.
Avec plusieurs années de retard, cette mission de la Nasa nommée Artémis 2 doit décoller de Floride à partir du 1er avril, et s'aventurer jusqu'au satellite naturel de la Terre pour en faire le tour sans s'y poser, comme Apollo 8 en 1968.
Cette imposante fusée blanche et orange, haute de 98 mètres et non réutilisable, emmènera dans les années suivantes d'autres missions pour établir progressivement une base sur le sol lunaire, théoriquement pour s'en servir de tremplin pour aller plus loin.
"Nous allons retourner sur la Lune car il s'agit de la prochaine étape de notre voyage vers Mars", résume le commandant d'Artémis 2, Reid Wiseman, dans un podcast de la Nasa.
Autres premières: ce vol lunaire sera le premier de l'Histoire à emmener une femme, une personne de couleur et un non-Américain.
- "Inimaginable" -
Les missions Artémis, nommées en l'honneur de la déesse jumelle d'Apollon (Apollo en anglais), se déroulent sous la pression implicite de la Chine, qui ambitionne de marcher sur la Lune d'ici 2030.
Washington ne rejoue pas pour autant la course à l'espace des années 1960 contre l'Union soviétique, estime Matthew Hersch, professeur d'histoire spatiale à Harvard, pour qui cette première course était "unique en son genre" et "ne se reproduira pas de sitôt".
Selon lui, les Chinois "ne sont en réalité en concurrence avec personne d'autre qu'eux-mêmes". Et malgré le coût en dizaines de milliards de dollars, Washington investit proportionnellement bien moins que durant la Guerre froide.
Les technologies actuelles auraient du reste été "quasi-inimaginables pour l'équipage d'Apollo 8 qui a rejoint la Lune dans un vaisseau spatial équipé d'un système électronique comparable à celui d'un grille-pain moderne", ajoute-t-il auprès de l'AFP.
L'aventure ne sera pourtant "pas sans risques", de l'aveu même de la Nasa: le vaisseau n'a jamais transporté personne et doit rejoindre la Lune, à plus de 384.000 kilomètres de la Terre - 1.000 fois plus loin que la Station spatiale internationale.
- "Perfection" -
"Chacun devra s'assurer que son travail est accompli à la perfection", faute de quoi les conséquences pourraient être fatales, insiste Peggy Whitson, ancienne astronaute en chef de la Nasa, auprès de l'AFP.
L'objectif de cette mission autour de la Lune est de vérifier que tout est techniquement possible pour permettre un retour sur la Lune en 2028, dernière année du mandat de Donald Trump.
L'échéance fait douter les experts car les astronautes auront besoin d'un alunisseur... qui est toujours en cours de développement par les entreprises des milliardaires Elon Musk et Jeff Bezos.
Pour cette course 2.0 à la Lune, Washington s'appuie sur le secteur privé et ses partenaires internationaux, parmi lesquels les Européens, Canadiens et Japonais qui participeront aux missions Artémis suivantes.
En attendant, la Nasa espère réussir à reproduire le miracle d'Apollo 8, qui avait offert lors du réveillon de Noël 1968 un rare moment de communion et d'espoir après une année marquée par des émeutes raciales, la guerre du Vietnam et les assassinats de Robert F. Kennedy et Martin Luther King. Un milliard de personnes avaient suivi sur leurs téléviseurs crépitants le périple de Frank Borman, Jim Lovell et Bill Anders.
Ces derniers, qui avaient immortalisé le célèbre "Lever de Terre", avaient "sauvé 1968", selon les mots d'une Américaine à l'époque.
Cinquante-huit ans plus tard, et alors que le pays traverse une nouvelle période de fractures et d'incertitudes, l'équipage d'Artémis 2 cherchera à son tour à inspirer.
N.Shalabi--SF-PST