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Les Birmans votent pour la deuxième phase des législatives organisées par la junte
La deuxième phase des élections législatives a débuté dimanche en Birmanie, où la junte au pouvoir promet un retour à la démocratie à l'issue de ce scrutin dénoncé par les observateurs occidentaux comme une manoeuvre pour prolonger le régime militaire.
L'armée dirige le pays d'Asie du Sud-Est depuis son indépendance en 1948, en dehors d'une parenthèse démocratique qui avait suscité une vague de réformes et d'optimisme entre 2011 et 2021.
Les militaires ont repris le pouvoir lors d'un coup d'Etat il y a cinq ans, annulant le résultat des dernières élections, arrêtant la figure démocratique Aung San Suu Kyi et plongeant la Birmanie dans une guerre civile.
Les bureaux de vote ont ouvert à 6H00 (23H30 GMT samedi) à Kawhmu, la circonscription de l'ancienne dirigeante et prix Nobel de la paix, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Après avoir gouverné par la force pendant cinq ans, la junte présente ces législatives, qui doivent s'achever le 25 janvier à l'issue d'une troisième phase, comme un pas vers la réconciliation.
Mais Aung San Suu Kyi, âgée de 80 ans, reste emprisonnée et son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), a été dissous.
De nombreux pays et observateurs internationaux ont condamné ces élections, marquées par une répression des voix dissidentes, et des listes majoritairement composées de partis favorables à l'armée.
Le Parti de l'union, de la solidarité et du développement (PUSD), que des experts considèrent comme un relais civil de la junte, a remporté près de 90% des sièges de la chambre basse en jeu lors de la première phase du scrutin fin décembre.
Peuplée d'environ 50 millions d'habitants, la Birmanie est déchirée par une guerre civile et les élections ne se tiennent pas dans les larges zones tenues par les rebelles.
- "Façade de légitimité" -
"Les résultats ne sortiront que de la bouche des militaires", a déclaré un habitant de Rangoun âgé de 50 ans, sous couvert d'anonymat pour des raisons de sécurité.
Les analystes estiment que l'armée cherche à redorer son image pour améliorer ses relations diplomatiques, attirer davantage d'investissements étrangers et couper l'élan des rebelles.
"La junte a conçu le scrutin pour assurer la victoire de son relais (le PUSD), renforcer la domination militaire en Birmanie et fabriquer une façade de légitimité alors que la violence et la répression se poursuivent sans relâche", a dénoncé jeudi l'expert de l'ONU Tom Andrews.
La première phase a vu fin décembre un taux de participation d'environ 50%, bien en-deçà des 70% du scrutin de 2020 qui avait porté le parti d'Aung San Suu Kyi au pouvoir.
"Le peuple a très peu d'intérêt pour cette élection", a estimé l'habitant de Rangoun. "Elle ne mettra pas fin à nos souffrances".
La LND d'Aung San Suu Kyi avait largement devancé les candidats proches des militaires aux élections de 2020 avant que le général Min Aung Hlaing ne s'empare du pouvoir en invoquant une fraude électorale généralisée.
Selon le Réseau asiatique pour des élections libres, les noms des partis qui avaient alors remporté 90% des sièges ne figurent pas cette fois sur les bulletins de vote après avoir été dissous par la junte.
Dans le sillage du coup d'Etat de février 2021, l'armée a réprimé les manifestations pro-démocratie, mais des militants ont formé des guérillas qui combattent souvent aux côtés d'armées issues de minorités ethniques longtemps hostiles au pouvoir central.
Le chef militaire Min Aung Hlaing n'a pas exclu l'idée d'échanger son uniforme kaki contre le costume civil de président lorsqu'un nouveau gouvernement sera formé.
Il a affirmé lors de la première phase que l'élection était "libre et équitable".
N.AbuHussein--SF-PST