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Bissau: le président renversé Embalo à Brazzaville, tensions dans la capitale
Le président bissau-guinéen Umaro Sissoco Embalo, renversé par une junte, est arrivé samedi à Brazzaville au Congo, alors que le principal parti d'opposition a dénoncé l'"envahissement" de son siège par des "miliciens armés" à Bissau, la capitale.
Des militaires avaient annoncé mercredi avoir renversé M. Embalo et suspendu les élections présidentielle et législatives du 23 novembre, juste avant la publication des résultats dans ce pays lusophone d'Afrique de l'Ouest à l'histoire jalonnée de putschs et de tentatives.
Brièvement arrêté par les militaires mercredi, puis parti au Sénégal jeudi dans un vol affrété par le gouvernement sénégalais, M. Embalo "est arrivé à Brazzaville pour y rester", a affirmé samedi à l'AFP une source proche de la présidence congolaise, sous couvert de l'anonymat.
M. Embalo, 53 ans, est réputé proche du président congolais Denis Sassou Nguesso, et s'est rendu à plusieurs reprises en visite au Congo.
"Le président Embalo est arrivé en fin de matinée à Brazzaville à bord d'un jet privé affrété par les autorités", a indiqué à l'AFP une source proche du pouvoir congolais, jointe depuis Bissau.
- Echauffourées -
Mercredi, les auteurs du putsch avaient expliqué vouloir garantir la "sécurité au niveau national et rétablir l'ordre", évoquant la découverte par les "renseignements généraux" d'un "plan visant à déstabiliser le pays avec l'implication des barons nationaux de la drogue".
Des opposants et des experts soupçonnent néanmoins M. Embalo, au pouvoir depuis 2020, d'avoir orchestré lui-même sa destitution afin d'arrêter le processus électoral.
Jeudi, les putschistes avaient nommé le général Horta N'Tam, jusqu'ici chef d'état-major de l'armée de terre et considéré comme ayant été proche ces dernières années du président Embalo, pour diriger une transition politique censée durer un an.
Samedi, le Parti Africain pour l'Indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), parti historique et puissant parti d'opposition en Guinée-Bissau, a affirmé dans un communiqué que son siège a été "illégalement envahi par des groupes miliciens fortement armés" à Bissau, la capitale du pays.
Le principal opposant bissau-guinéen Domingos Simoes Pereira - dirigeant du PAIGC, parti ayant mené le pays à l'indépendance en 1974 - avait été écarté de la présidentielle du 23 novembre. Le parti avait ensuite soutenu le candidat d'opposition Fernando Dias, devenu le principal adversaire de M. Embalo lors du scrutin.
M. Pereira a été arrêté mercredi en Guinée-Bissau, selon des proches et un collaborateur.
Dans une déclaration jeudi à l'AFP, M. Dias affirme avoir largement remporté la présidentielle au premier tour et accuse M. Embalo d'avoir "organisé" le coup d'Etat pour empêcher son accession au pouvoir.
M. Dias affirme être "en sécurité" et se cacher dans le pays.
Par ailleurs, des échauffourées mineures entre des jeunes et les forces de l'ordre ont eu lieu samedi dans un quartier périphérique de Bissau, non loin du siège de campagne de Fernando Dias, ont constaté des journalistes de l'AFP.
- Condamnations -
La prise de pouvoir par les militaires a été largement critiquée, notamment par le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres qui a dénoncé une "violation des principes démocratiques".
La Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) a suspendu la Guinée-Bissau de "tous ses organes décisionnels". L'Union africaine (UA) a également suspendu le pays de ses instances.
L'Union européenne a appelé au "retour à l'ordre constitutionnel" au plus vite, ainsi qu'à la reprise du processus électoral
La Guinée-Bissau, située entre le Sénégal et la Guinée (Conakry), a déjà connu quatre coups d'Etat et une kyrielle de tentatives de putsch depuis son indépendance du Portugal en 1974. La proclamation des résultats électoraux y a souvent donné lieu à des contestations.
Ce pays très pauvre de 2,2 millions d'habitants est affecté par des problèmes de corruption et est réputé être une plaque tournante du trafic de drogue entre l'Amérique du Sud et l'Europe.
str-clt-aye-lp/cpy
L.AbuTayeh--SF-PST