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Reconnaissance de la Palestine: un message à Israël sur "les illusions" de l'occupation, selon la diplomatie palestinienne
La reconnaissance prochaine de la Palestine par plusieurs Etats dont la France, en marge de l'Assemblée générale de l'ONU, adresse un message clair à Israël sur les "illusions" de l'occupation, a déclaré mercredi la ministre des Affaires étrangères palestinienne, Varsen Aghabekian Chahine.
Dans un entretien accordé à l'AFP à quelques jours du sommet sur la question palestinienne que Paris et Ryad doivent coprésider le 22 septembre à l'ONU, et où plusieurs pays ont promis de reconnaître l'Etat de Palestine, Mme Aghabekian, qui s'était dite "choquée" par l'inaction de l'Union européenne face à la guerre à Gaza, voit dans ce nouvel élan diplomatique la réalisation d'une promesse de la communauté internationale qu'elle attendait depuis longtemps.
Q: A quoi vous attendez-vous la semaine prochaine?
R: Cette reconnaissance ne changera pas immédiatement la situation sur le terrain. Certains diront peut-être: +mais qu'est-ce que cette reconnaissance, qu'est-ce que cela signifie si je ne vois pas la fin de l'agression contre la bande de Gaza?+, mais ça contribue à mettre fin à l'agression contre la bande de Gaza.
La reconnaissance n'est pas symbolique. C'est quelque chose de très important, car cela envoie un message très clair aux Israéliens sur leurs illusions de [vouloir] continuer leur occupation pour toujours.
Elle envoie également un message clair aux Palestiniens : +nous soutenons votre droit à l'autodétermination+, elle renforce le concept et la solution à deux Etats.
Cela nous donne un élan pour l'avenir car on pourra s'appuyer sur ça et chaque pays qui reconnaîtra la Palestine prendra des engagements fondés sur cette reconnaissance.
Chaque étape compte. Nous ne pouvons pas nier le fait que la reconnaissance nous rapproche de la concrétisation effective de l'Etat, mais oui, nous devons également travailler à un cessez-le-feu permanent [à Gaza] et à d'autres aspects nécessaires pour que les gens voient un avenir en Palestine.
Q: Israël critique ces annonces de reconnaissance, que lui répondez-vous?
R: Le monde d'aujourd'hui comprend et voit ce dont Israël est capable en tant qu'Etat occupant, expansionniste et annexionniste, et comprend ce qu'Israël dit, car il n'hésite pas à le dire.
Israël dit au monde: +je veux aller de l'avant, je veux construire ce grand Israël+, ce qui implique une atteinte à la sécurité, à l'indépendance et à la souveraineté des Etats voisins.
Et la non-reconnaissance renforcera les extrémistes de tous bords [israéliens et palestiniens, NDLR], car ceux-ci ne veulent pas voir deux Etats coexister.
Q: Et si Israël refuse?
R: Israël ne veut pas négocier.
Allons-nous donc rester à la merci de cet Etat occupant jusqu'à ce qu'il commence à penser que nous voulons peut-être négocier ?
Si les gens pensent qu'Israël va se présenter à la table des négociations, cela n'arrivera jamais.
Depuis que nous nous sommes engagés dans ce processus de paix [avec les accords d'Oslo en 1993, NDLR], nous avons vu davantage de nos terres annexées par Israël, davantage d'activités de colonisation, davantage de violence de la part des colons et davantage d'étouffement de notre vie. Nous ne laisserons pas cela continuer. Nous demandons simplement que nos droits, tels qu'ils sont consacrés par le droit international, soient respectés.
Et nous savons qu'ils [le gouvernement israélien du Premier ministre Benjamin Netanyahu, NDLR] vont essayer d'annexer davantage, et nous le voyons sur le terrain. Nous voyons les barrières érigées à l'entrée des villages et des villes. La violence va s'intensifier.
[Mais] Israël ne peut pas continuer à agir comme un Etat au-dessus des lois, car s'il veut vivre dans la paix et la sécurité dans la région, il doit agir comme un Etat normal.
Nous ne pouvons pas rester les bras croisés et dire: +c'est Israël, nous ne pouvons rien y faire+.
Q: L'opposition des Etats-Unis est-elle un problème?
R: Au bout du compte, le monde entier sera d'un côté, et probablement Israël et quelques pays de l'autre.
[Ces reconnaissances] changent la donne, et nous devons donc les envisager positivement et continuer d'avancer.
Nous espérons que [les Etats-Unis du président américain Donald Trump] finiront par accepter ce qui est nécessaire dans cette région, c'est-à-dire deux Etats.
Q: Certains pays lient leur reconnaissance à un cessez-le-feu à Gaza ou au désarmement du Hamas. Cela peut-il freiner votre élan ?
R: En ce qui concerne le désarmement du Hamas, je pense qu'il y a un consensus à ce sujet.
Et par ailleurs, même le Hamas dit qu'il ne veut pas faire partie du gouvernement de Gaza après la guerre.
Donc si un accord de paix est conclu et qu'il y a un cessez-le-feu permanent, cela ne devrait pas poser de problème.
E.AbuRizq--SF-PST