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Avec le conservateur Christian Stocker, un improbable chancelier pour l'Autriche
Il y a quelques semaines à peine, personne n'aurait parié sur lui : le conservateur Christian Stocker devient lundi à 64 ans chancelier sur le tard en Autriche, couronnement d'une carrière longue mais dans l'ombre.
Il a officiellement prêté serment en fin de matinée sous les ors du palais Hofburg devant le président écologiste Alexandre Van der Bellen, qui a souligné l'importance d'avoir un gouvernement stable par "les temps difficiles dans lesquels nous vivons".
"Surtout après le week-end dernier", a-t-il dit en référence aux réactions suscitées en Europe par la violente altercation dans le Bureau ovale entre le président américain Donald Trump et son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky.
"L'Union européenne est une grande puissance économique. Beaucoup semblent l'avoir oublié", a insisté le chef d'Etat, appelant le bloc à "l'unité" pour afficher sa "force".
Bruxelles pourra désormais compter sur le gouvernement pro-européen de M. Stocker, qui va diriger le pays de 9,2 millions d'habitants avec les sociaux-démocrates et les libéraux, une partition à trois composée dans la douleur.
L'extrême droite, arrivée en tête des législatives fin septembre, est réléguée sur les bancs de l'opposition après avoir manqué l'occasion historique de décrocher pour la première fois la chancellerie.
- Volte-face -
Costume classique et ton affable, les Autrichiens n'ont vraiment découvert M. Stocker qu'en janvier, lorsque le chancelier sortant Karl Nehammer a jeté l'éponge sans trouver de majorité.
Est alors apparu en pleine lumière le secrétaire général du parti ÖVP, qui sidéra d'abord ses compatriotes en balayant en 24 heures une promesse de campagne: celle de ne pas pactiser avec le parti nationaliste FPÖ, fondé par d'anciens nazis.
La situation était nouvelle, dit cet enfant de la balle - son père déjà siégeait au Parlement -, les négociations avec la gauche et les libéraux ayant tourné court.
Une volte-face dont les électeurs, "qui oublient vite", ne devraient pas lui tenir rigueur, estime le politologue Peter Hajek.
Celui qu'on n'attendait pas s'est alors montré tacticien, laissant le chef du FPÖ Herbert Kickl, qui avait la main, s'enfermer dans ses positions maximalistes. Avant de faire apparaître son parti - numéro deux des élections - comme un rempart contre une dérive autoritaire.
Et les laborieuses discussions menées par son prédécesseur sont, sous sa gouvernance, allées très vite, accélérées par les bouleversements géopolitiques rapides.
- Pêche à la mouche -
"L'ÖVP a su faire preuve de souplesse" en laissant le ministère des Finances aux sociaux-démocrates, souligne l'analyste, Christian Stocker "renforçant graduellement sa crédibilité et aiguisant son profil public".
C'est ainsi qu'un ancien avocat originaire de Basse-Autriche, amateur de pêche à la mouche, est devenu le nouveau visage du parti, loin de la notoriété de Sebastian Kurz, chancelier star entre 2017 et 2021.
Pour quel CV ? Dans les années 2000, Christian Stocker était responsable local de section et adjoint au maire dans sa ville natale de Wiener Neustadt (est), où il a durant un quart de siècle organisé des rencontres citoyennes autour d'une bonne bière.
Marié, deux enfants, il n'a succédé qu'en 2019 à son père sur le banc des députés.
Remarqué pour avoir bien mené la barque de l'ÖVP lors d'une épineuse commission parlementaire sur une affaire de corruption, il est nommé secrétaire général trois ans plus tard, délaissant les terrains de golf et son saxophone, deux de ses autres passe-temps.
Mais est-il taillé pour le poste? Le plus "improbable" chancelier d'après-guerre en Autriche - le mot est de l'hebdomadaire Profil - a de nombreux défis qui l'attendent : immigration, inflation, récession.
S.Barghouti--SF-PST