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Trump s'éloigne de l'Ukraine et internet est inondé de désinformation sur Zelensky
Dans le sillage du président américain, Donald Trump, qui a durci le ton la semaine dernière envers son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, internet voit déferler une impressionnante campagne de désinformation ciblant l'Ukraine, derrière laquelle les spécialistes du sujet voient la main de Moscou.
Ces derniers jours, les réseaux sociaux comme X voient émerger ou ressurgir des deepfakes - ces contenus truqués par l'intelligence artificielle - du président Zelensky, des images de soldats ukrainiens supposément en train d'incendier une effigie de Donald Trump, ou encore des fausses informations sur des achats de propriétés de luxe par le président ukrainien.
L'AFP a pu mettre en évidence plusieurs fausses informations, dont celle affirmant que M. Zelensky avait interdit dans son pays la plateforme Truth Social du président américain.
"Nous observons une résurgence notable de la désinformation visant l'Ukraine sur les réseaux sociaux américains, souvent avec des contenus qui sont réutilisés après avoir déjà servi lors de précédentes campagnes d'influence russes", notamment lors des dernières présidentielles aux Etats-Unis, explique McKenzie Sadeghi, dont l'organisation NewsGuard analyse la fiabilité des sites et contenus en ligne.
Les commentaires de Donald Trump, qui a qualifié son homologue de "dictateur", "semblent avoir suscité un regain d'intérêt pour les discours anti-Ukrainiens qui s'étaient estompés" ces derniers temps, ajoute-t-elle.
- "Propagandistes russes" -
Pour Joseph Bodnar, directeur de recherche à l'Institute for Strategic Dialogue, pas de doute: la Russie cherche à "attiser l'animosité entre les administrations Trump et Zelensky", alors que de premiers pourparlers russo-américains ont eu lieu la semaine dernière en Arabie saoudite après trois ans de guerre en Ukraine.
"La Russie veut convaincre les négociateurs américains que l'Ukraine est leur ennemi, pas leur partenaire. C'est un moyen pour le Kremlin de soutirer des conditions favorables d'un éventuel accord de paix", analyse-t-il.
Pour l'heure, sur les réseaux sociaux, la machine à désinformer est en marche.
Le fils du président américain lui-même, Donald Trump Jr, vient de partager un vieux deepfake sorti il y a un an, dans lequel on voit Volodymyr Zelensky danser en tenue moulante.
Le sénateur républicain Mike Lee, allié du président-milliardaire, a lui offert une caisse de résonance à des images trompeuses censées montrer des soldats ukrainiens en train de brûler une effigie de Donald Trump. Sur des comptes X très suivis, un autre clip vidéo a également refait surface, sur lequel des troupes ukrainiennes se livrent à un autodafé de l'ouvrage "The art of the deal" de l'ex-magnat de l'immobilier.
Autant de "fake", a réagi le Centre gouvernemental ukrainien contre la désinformation, affirmant sur X que les vidéos sont l'oeuvre de "propagandistes russes".
- 26 fois plus de publications -
Plus précisément l'oeuvre du groupe russe Storm-1516, une cellule liée au Kremlin qui a également été active pendant l'élection américaine pour discréditer la candidate démocrate Kamala Harris, selon Darren Linvill, qui chapeaute au sein de l'université de Clemson en Caroline du Sud une équipe de recherche sur la désinformation sur les réseaux sociaux.
Sur les images, on voit bien un insigne militaire ukrainien, mais aucun "visage d'une vraie personne" ni "le début d'une indication sur le lieu où ces choses ont été filmées", balaye Darren Linvill.
Le calendrier de la résurgence de ces images interpelle. La sortie de Donald Trump sur Volodymyr Zelensky date du 19 février.
Entre le 18 et le 24, NewsGuard a relevé quelque 28.000 publications et articles mentionnant le président ukrainien en lien avec une villa, un yacht ou encore un domaine viticole, soit 26 fois plus que sur les six jours précédents.
Avant même cette poussée de fièvre, la désinformation russe avait infusé jusqu'au gouvernement américain.
Début février, Elon Musk, proche-conseiller du président, a cité un rapport inventé de toutes pièces, assurant que les Etats-Unis payaient des célébrités pour se rendre en Ukraine et ainsi participer à la popularité de son président.
Aujourd'hui, juge Darren Linvill, on récolte "les fruits de cette campagne de pression" russe.
I.Saadi--SF-PST