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Ukraine : Starmer à Washington pour essayer de rapprocher Trump et l'Europe
Après Emmanuel Macron, le Premier ministre britannique Keir Starmer se rend à son tour jeudi à Washington pour essayer de convaincre Donald Trump que des garanties de sécurité sont nécessaires à tout accord de cessez-le feu avec la Russie en Ukraine.
L'exercice diplomatique s'annonce périlleux pour l'ancien avocat des droits humains, travailliste très attaché au multilatéralisme, face à un président américain, unilatéraliste souvent imprévisible.
Alors que le président français a estimé lundi qu'une "trêve" est possible "dans les semaine à venir", le principal objectif de Keir Starmer est d'obtenir de Trump que les États-Unis fournissent un filet de sécurité, peut-être sous la forme d'une couverture aérienne, de renseignement et de logistique, pour soutenir d'éventuelles troupes européennes envoyées en Ukraine pour surveiller un cessez-le-feu.
Londres et Paris sont les fers de lance de propositions visant à envoyer une "force de réassurance" de milliers de soldats européens pour protéger l'Ukraine dans le cadre d'une cessation des combats.
L'administration Trump a exclu d'engager des soldats américains, mais pour Starmer le "filet de sécurité" américain est essentiel pour dissuader la Russie de "lancer une autre invasion dans quelques années".
Publiquement, M. Starmer a déjà cherché à apaiser Trump en se disant prêt à envoyer des soldats de la paix britanniques sur le terrain, comme l'a aussi fait la France.
Soucieux de convaincre, il sera "très réticent à critiquer publiquement Trump, mais il devra trouver une façon de le faire diplomatiquement, pour le bien de l'Ukraine", explique Evie Aspinall, directrice du centre britannique de recherches "Foreign Policy Group".
Le Premier ministre britannique insistera aussi sur le fait que l'Ukraine doit être impliquée dans les négociations pour mettre fin à la guerre lancée par Moscou il y a trois ans contre son voisin, alors que Washington a choqué l'Europe en entamant ces négociations avec la seule Russie.
- Un "pont" entre Washington et l'Europe -
Il essayera aussi de convaincre Donald Trump lors de leur rencontre à la Maison Blanche que les dirigeants européens sont sérieux dans leur volonté d'augmenter leurs dépenses de défense, alors que le président américain répète régulièrement qu'ils devraient contribuer plus à l'OTAN.
Starmer est sous pression pour s'engager sur un calendrier visant à augmenter les dépenses de défense britanniques de 2,3% à 2,5% du PIB et pourrait être tenté de faire une annonce cette semaine pour amadouer le président américain.
Contrairement à d'autres dirigeants européens, il s'est efforcé d'éviter de s'opposer publiquement à Donald Trump.
Il a néanmoins apporté la semaine dernière son "soutien" au président ukrainien Volodymyr Zelensky "démocratiquement élu", après une sortie du président américain le qualifiant de "dictateur".
Trump a accusé le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre britannique de n'avoir "rien" fait pour mettre fin à la guerre en Ukraine depuis trois ans.
Keir Starmer espère néanmoins pouvoir être un "pont" entre les Etats-Unis et l'Europe.
Pour Kim Darroch, ancien ambassadeur du Royaume-Uni aux États-Unis, Starmer devrait jouer sur l'ego de Trump et souligner l'héritage qu'il pourrait laisser.
"Si j'étais Starmer, je dirais à Trump +c'est votre chance d'entrer dans l'histoire+", a-t-il déclaré sur la BBC.
"+Mais il faut que ce soit un accord équitable. Si c'est un mauvais accord, vous n'obtiendrez pas ces éloges, vous recevrez beaucoup de critiques et c'est cela qui restera dans les livres d'histoire+", a-t-il ajouté.
D'autres sujets de tensions sont aussi à l'agenda de Keir Starmer, dont les prochains droits de douane de 25% annoncés par Trump sur l'acier et l'aluminium.
L'intention de Keir Starmer de transférer à l'île Maurice le contrôle des îles Chagos, archipel stratégique de l'océan Indien où se trouve une base militaire américano-britannique sur l'île de Diego Garcia, pourrait aussi ajouter à ces tensions.
"Le plus grand risque est que Trump continue de réprimander l'Ukraine et l'Europe et peut-être même le Royaume-Uni, embarrassant Starmer et portant atteinte à la crédibilité du Royaume-Uni", estime Evie Aspinall.
P.Tamimi--SF-PST