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De la Chine au Moyen-Orient, les négociants font le dos rond
"De lourdes répercussions": au plus grand rendez-vous commercial de Chine, fournisseurs chinois et acheteurs venus du Moyen-Orient s'alarment de la guerre, entre chute des commandes, blocage du détroit d'Ormuz et flambée des coûts du transport.
Dans les allées archicombles de la Foire de Canton (sud du pays), au milieu des voitures électriques, machines à glaces et appareils électroménagers chinois, dont les prix ont grimpé avec le conflit, morosité et prudence dominent.
Cet événement commercial, l'un des plus grands au monde, permet aux acheteurs étrangers de rencontrer les fabricants chinois en face-à-face, d'examiner leurs produits de près et de signer de nouveaux contrats.
Mais la guerre change la donne.
Debout devant une rangée de friteuses et de fours, Li Jin, responsable commerciale d'une entreprise chinoise d'articles de cuisine, déclare à l'AFP que beaucoup d'acheteurs venus du Moyen-Orient "n'osent pas passer commande".
Certains de ses clients n'ont toujours pas reçu leurs marchandises, souligne-t-elle.
L'une des raisons: la fermeture du détroit d'Ormuz par les forces iraniennes après le déclenchement de la guerre, consécutive aux frappes américaines et israéliennes sur l'Iran le 28 février. Les Etats-Unis ont débuté lundi leur propre blocus.
Les nouvelles commandes en provenance du Moyen-Orient se sont taries, explique Li Jin, ajoutant qu'environ 20 à 30% des exportations de son entreprise partent habituellement vers la région.
"Sans la guerre, les commandes auraient continué d'affluer", affirme-t-elle.
- Clients "attentistes" -
La hausse du coût des matières premières oblige également son entreprise à augmenter ses prix pour compenser l'érosion des marges, précise-t-elle.
Les clients restent "attentistes" et surveillent l'évolution du conflit, indique Zora Wang, responsable commerciale dans une société vendant des machines industrielles.
"Même s'ils demandent des renseignements, ils n'ont pas vraiment l'intention d'acheter à court terme", confie-t-elle.
Beaucoup de ses clients travaillent avec des agents de transit, ce qui permet d'emprunter d'autres voies maritimes ou terrestres, afin de garantir la réception de leurs marchandises au Moyen-Orient.
Juste à côté de Mme Wang, Ahmad Alibasha, directeur général syrien d'une société de négoce chinoise, affirme que les clients moyen-orientaux "ne veulent tout simplement pas commander pour l'instant".
Une situation qui a déjà fait chuter de plus de 50% les commandes venant de la région, selon lui.
"On préfère le calme, la tranquillité et la sécurité, car plus il y a de sécurité, mieux c'est pour les affaires", déclare Ahmad Alibasha, alors qu'une trêve fragile entre Washington et Téhéran reste en vigueur.
Sur un stand voisin, des exportateurs de voitures chinoises confient que le conflit les a poussés à se tourner vers d'autres régions, comme l'Amérique du Sud et l'Afrique.
- "Casse-tête" -
Cette édition de la Foire de Canton, qui se tient deux fois par an, réunit plus de 32.000 entreprises, un record, a rapporté mercredi l'agence de presse officielle Chine nouvelle.
L'immense centre d'exposition était bondé d'acheteurs mercredi, y compris venus du Moyen-Orient.
Parmi eux figuraient Abdallah Mebarkia, un chef d'entreprise saoudien venu chercher téléviseurs, machines à laver et autres appareils électroménagers à vendre à des distributeurs dans son pays.
La guerre en Iran a eu "de lourdes répercussions" sur son activité: les coûts d'expédition depuis la Chine ont augmenté de 50% à 70%, un vrai "casse-tête", affirme-t-il.
Les prix du transport maritime ont fortement grimpé en raison des blocages.
Des navires restent à quai dans le Golfe, craignant d'être attaqués s'ils prennent la mer. D'autres empruntent de longues routes alternatives, bien plus coûteuses.
La réduction des flux pétroliers a également fait grimper le prix du carburant des bateaux.
Le blocus du détroit d'Ormuz a aussi provoqué "beaucoup de retards" et des marchandises sont toujours bloquées dans cette voie d'eau stratégique, explique Abdallah Mebarkia.
Un constat partagé par d'autres acheteurs du Moyen-Orient.
Sur le stand de son fournisseur chinois, Asad Mohammad Abbas Asaad, chef d'entreprise jordanien, examine des distributeurs de boissons et des mixeurs. Il déplore la hausse des coûts de transport, qui a plus que doublé le prix habituel d'importation d'un conteneur de ces produits.
Comme lui, les acheteurs espèrent une fin rapide de la guerre.
"On espère toujours la paix", conclut-il.
W.AbuLaban--SF-PST