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Indonésie: le clou de girofle aussi victime du changement climatique
Longtemps objet de fortes convoitises entre les puissances coloniales, le clou de girofle produit en abondance en Indonésie aux Moluques dont il est originaire, subit à son tour le changement climatique qui rend les récoltes incertaines.
Sur les contreforts fertiles du volcan du mont Gamalama, sur l'île de Ternate, Jauhar Mahmud s'accroche à son giroflier préféré mais il est désormais inquiet.
"Aujourd'hui, les précipitations sont abondantes. Elles sont bonnes pour planter, mais cela rend la récolte incertaine. C'est souvent imprévisible", confie cet agriculteur de 61 ans.
Le changement climatique a de fait entraîné une diminution de la récolte de clous de girofle qui nécessitent des températures et une humidité particulières pour conserver leur parfum et leur goût.
Si la saison est bonne, ses 150 girofliers peuvent produire jusqu'à 30 kilos de cette épice aromatique et lucrative utilisée en médecine, dans les parfums, les cigarettes ou les arômes alimentaires.
Mais les cours de cette épice obtenue à partir des boutons floraux du giroflier, fluctuent entre 4,65 et 6,50 euros le kilo, selon la météo.
"En fait, nous perdons de l'argent. Les girofliers ne portent pas de fruits chaque année. Cela dépend de la saison", assure Jauhar, qui représente 36 producteurs.
Le Portugal, l'Espagne et les Pays-Bas se sont battus pour le contrôle de Ternate à l'apogée du commerce mondial du clou de girofle entre le XVe et le XVIIe siècle.
Les habitants ont dû défier les colons hollandais qui interdisaient aux locaux de cultiver leurs propres arbres dans le but de maintenir un monopole sur ce produit qui a fait la fortune de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC).
Mais aujourd’hui, les producteurs doivent trouver un deuxième emploi pour boucler les fins de mois, en raison de la diminution des récoltes.
- Certains abandonnent -
Ainsi Jauhar vend-il des boissons infusées aux épices. Quant à certains de ses collègues, ils envisagent tout bonnement d'abandonner la culture de l'épice.
Selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), sur les deux dernières décennies, le rendement des girofliers en Indonésie a varié considérablement, davantage que celui des pays concurrents, notamment Madagascar.
Le rendement en 2023 était ainsi inférieur de près d'un quart au pic de 2010.
L'Indonésie représente encore plus des deux-tiers de la production mondiale de cette épice en grande partie consommée sur place. Mais depuis 2020 l'archipel a cédé à Madagascar sa place de premier exportateur mondial.
La culture du giroflier demande de la patience et les arbres ont besoin de plus d'une décennie pour arriver à maturité.
Le réchauffement climatique, causé principalement par les combustibles fossiles comme le charbon, très utilisé en Indonésie, a modifié les conditions météorologiques qui déterminent la croissance des clous de girofle.
- Rendements en baisse -
Le climat est globalement plus sec à Ternate mais une atmosphère plus chaude retient davantage l'humidité et la pluie tombe souvent en rafales extrêmement destructrices pour les fleurs.
"Avant, je pouvais remplir 5 à 6 sacs en une seule récolte", explique Lakina, 52 ans, qui doit désormais se contenter de deux ou trois sacs au maximum.
Imba, une cultivatrice de 62 ans possédant 70 arbres, explique de son côté qu'en raison de la pluie, il faut désormais au moins cinq jours pour sécher les clous de girofle, contre trois jours et demi auparavant.
Un constat empirique confirmé par les relevés scientifiques. En 2023, des chercheurs de l'Université de Pattimura à Ambon, ont en effet relevé que les rendements de clous de girofle diminuaient sur l'île de Haruku, plus au sud de Ternate, en raison d'une hausse des précipitations et la survenue de phénomènes météorologiques plus extrêmes.
"Les communautés vivant dans les zones côtières et les petites îles sont particulièrement vulnérables", a indiqué à l'AFP Arie Rompas, de Greenpeace.
Dans un atelier de tri d'épices, le parfum âcre de l'épice flotte tandis que les ouvriers emplissent des sacs.
La précieuse épice est ensuite transportée vers un entrepôt où un tri mécanique élimine les saletés et feuilles indésirables. La production du jour sera ensuite exportée vers la Chine.
"S'il fait trop chaud, la récolte est mauvaise. Trop de pluie, il n'y a pas de récolte. Cette année, il a trop plu", explique le négociant Rumen The, qui précise que les prix ont presque diminué de moitié depuis l'année dernière.
Face à la diminution des récoltes, Jauhar lance lui un appel à l'aide à ceux-mêmes qui ont autrefois occupé ces terres.
"Je demande aux pays amateurs d'épices de réfléchir aux problèmes climatiques mondiaux", lance le cultivateur.
"Sans cette richesse naturelle (...) les pays occidentaux n'en profiteraient pas. Nous devrions donc y réfléchir ensemble".
W.AbuLaban--SF-PST