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Art, chiffres et frappes: la formule du chef des dronistes ukrainiens
"Les chiffres sont au cœur de la guerre": ex-homme d'affaires et collectionneur d'art, le commandant des forces de drones ukrainiens Robert Brovdi a intégré l'expérience de ses vies précédentes dans la guerre avec la Russie dont il espère pouvoir arrêter l'offensive.
Plus connu sous son nom de guerre "Madyar" - référence à son appartenance à l'ethnie hongroise - Brovdi était un homme d'affaires prospère spécialisé dans l'exportation de céréales, sans aucune expérience militaire, lorsque la Russie a envahi l'Ukraine en février 2022.
Aujourd'hui cet homme de 50 ans à la barbe grise fournie, est celui qui a orchestré certaines des attaques longue portée les plus importantes contre des sites pétroliers et militaires en Russie.
Il affirme être devenu une cible prioritaire pour la Russie et se réfugie dans des bunkers souterrains à la localisation tenue secrète.
Commandant parmi les plus populaires en Ukraine, il est suivi par des centaines de milliers de personnes sur les réseaux sociaux.
Lors d'une visite dans l'un de ses postes de commandement, des journalistes de l’AFP ont dû suivre des protocoles de sécurité stricts, dont un déplacement à bord d'une voiture aux vitres entièrement occultées.
Originaire de l'ouest de l'Ukraine, Brovdi a rejoint l'armée comme volontaire au tout début de l'invasion.
Au sein de l'armée, il a fondé en mai 2022 sa propre unité de drones - "Les oiseaux de Madyar" - devenant l'un des premiers à utiliser ces redoutables objets volants, aujourd'hui incontournables sur le front.
- "Dangereux" et "déterminé" -
Deux ans plus tard, l'Ukraine se dote de la première force de systèmes sans pilote au monde. En 2025, le président Volodymyr Zelensky nomme Robert Brovdi pour la commander.
Le parcours de Madyar illustre la manière dont l'Ukraine a misé sur l'innovation pour affronter l'armée russe, plus puissante sur le plan militaire conventionnel.
"J'ai simplement adapté mon système comptable à la guerre. Nous avons retiré du tableau les noms des variétés de céréales pour les remplacer par des types de drones et de munitions", dit-il à l'AFP.
Dans son poste de commandement souterrain, les murs sont couverts d'écrans diffusant en continu des images de drones frappant des soldats russes, des cartes du front et des tableaux recensant les cibles détruites.
Des œuvres d’art ukrainiennes - dont une nature morte de Maria Prymatchenko, figure de l'art naïf - et des carcasses de drones complètent le décor de son bureau sans fenêtres.
La semaine dernière, ses forces ont frappé Saint‑Pétersbourg, deuxième ville de Russie, au moment même où le grand forum économique de Vladimir Poutine ouvrait ses portes.
Cette attaque s'inscrit dans la nette intensification des frappes ukrainiennes en profondeur sur le territoire de la Russie et dans les territoires ukrainiens occupés où elles détruisent la logistique militaire russe.
Les milieux militaires russes ont reconnu à demi-mot l'efficacité de cette unité.
"Madyar est un ennemi dangereux, déterminé et professionnel", écrivait l'an dernier Andreï Medvedev, blogueur et reporter pour des médias d'Etat russes.
La chaîne Telegram Rybar proche de l'armée russe a estimé que l'unité de Madyar était "la plus efficace de sa catégorie" au sein de l’armée ukrainienne.
- Stratégie numérique -
Les forces de Madyar ne représentent que 2% de l'armée ukrainienne mais revendiquent 30 à 35% des cibles russes confirmées comme détruites.
La stratégie du commandant est purement numérique: tuer plus de soldats que Moscou ne peut en mobiliser.
Il s'appuie sur les données provenant des vidéos qui affluent à son poste de commandement: des drones ukrainiens traquant les soldats ennemis à travers champs et forêts, jusqu'à la coupure du flux au moment de l'impact.
Certaines de ces images sont publiées sur ses réseaux sociaux accompagnées de musique caricaturale et de légendes moqueuses.
Des voix en Ukraine jugent moralement contestables certaines séquences et des experts juridiques se demandent si cela pourrait relever de crimes de guerre.
Avant la guerre, Robert Brovdi dirigeait une fondation artistique dans sa région natale de Transcarpatie. Les oeuvres dans son bunker lui donnent un sentiment de chez‑soi, un lieu où il ne peut plus retourner pour des raisons de sécurité.
"Je ne peux plus poser les yeux sur mes endroits préférés, sur les petits détails de mon foyer, un vase, la vue depuis une fenêtre ou même une simple poignée de porte", dit Madyar.
Son épouse a rejoint l'armée trois mois après lui et travaille aussi pour "Les oiseaux de Madyar". Seule une poignée de proches sont au courant de ses déplacements.
Père de deux enfants, Brovdi affirme que les succès de son unité compensent les sacrifices sur le plan personnel.
"Il y a cette satisfaction immédiate quand tu t’es vengé en prenant la télécommande en main et en voyant le résultat de ton travail de tes propres yeux".
H.Darwish--SF-PST