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Prise en charge de l'obésité: une nouvelle feuille de route, en attendant une décision sur les médicaments
Repérer plus tôt, rembourser des consultations de diététique, de psychologues et de l'activité physique adaptée, former davantage de soignants: le gouvernement a dévoilé sa feuille de route 2026-2030 pour la prise en charge de l'obésité, en attendant une prochaine décision sur le remboursement des médicaments.
Pour le ministère de la Santé, la feuille de route a pour ambition "d'infléchir la progression de l'obésité et améliorer la santé des personnes concernées", alors que l'obésité, notamment sévère, continue de progresser en France avec de fortes inégalités socio-économiques et territoriales.
Elle vise également à "augmenter l'accès à des soins personnalisés, de proximité et inscrits dans la durée", "développer le nombre de professionnels formés et sensibilisés" et "valoriser et généraliser les parcours et prises en charge innovantes".
"Enfin ! On attendait cette feuille de route depuis environ deux ans", a déclaré à l'AFP Anne-Sophie Joly, présidente du Comité national des associations d'obèses (CNAO). "C'est une pierre très importante pour le curatif, mais il faut aussi du préventif sur l'alimentation, en donnant des outils à la population, en travaillant sur l'ultratransformation", a-t-elle pointé.
Enjeu majeur de santé publique, l'obésité, la forme la plus grave du surpoids associée à des désordres métaboliques comme le diabète et à certains cancers, grimpe en flèche dans le monde.
En France, sa prise en charge a fait l'objet de plusieurs vagues de mesures depuis plus de 15 ans: reconnaissance comme maladie chronique, création de centres spécialisés, prise en charge pluridisciplinaire...
Mais cela ne suffit ni pour endiguer sa progression dans la population, ni pour résoudre diverses difficultés de prise en charge et d'accès aux soins de cette pathologie nécessitant un accompagnement global et au long cours, a reconnu le ministère.
Si environ 18,1% des adultes français étaient considérés en situation d'obésité en 2024, il manque des données épidémiologiques solides, par exemple sur la proportion des personnes en obésité complexe ou très complexe.
Copilotée par le Pr Judith Aron-Wisnewsky, cette nouvelle feuille de route touche différentes prises en charge (pédiatrique, médicale adulte, chirurgicale). Et elle doit s'articuler avec le prochain Programme national nutrition santé, toujours en attente de publication, comme la Stratégie nationale pour l'alimentation, la nutrition et le climat.
L'un des axes de cette stratégie nationale vise à mieux repérer et orienter les Français à risque ou déjà en situation d'obésité, dès la petite enfance de 0 à 6 ans, par l'intermédiaire des PMI et de la médecine scolaire, et à l'âge adulte, par la médecine du travail ou lors d'examens périodiques.
- "Négociation" sur les médicaments -
Alors que la France compte désormais 42 centres spécialisés, Outre-mer compris, dont cinq nouveaux depuis 2025, les filières de soins obésité doivent être renforcées à l'échelle territoriale.
Courant 2026, un parcours coordonné renforcé de soins et d'éducation thérapeutique, jusqu'ici expérimental, sera déployé pour certains adultes en situation d'obésité complexe ou associée à certaines complications. Outre la prise en charge médicale, cela comprend un suivi diététique, psychologique et de l'activité physique adaptée.
D'autres parcours sont en préparation, dédiés aux enfants ou aux personnes orientées vers la chirurgie bariatrique.
Si la feuille de route reconnaît les bénéfices des nouveaux traitements anti-obésité, notamment médicamenteux - diminution du poids, complications limitées -, elle rappelle la vigilance nécessaire face aux risques potentiels, dont le mésusage.
Le remboursement par l'Assurance maladie de cette famille de médicaments, commercialisés depuis 2024 en France, n'a pas encore de feu vert. Reste à savoir si, et quand, l'État et les laboratoires pharmaceutiques parviendront à s'entendre sur un prix, et quelle sera la facture pour la Sécu.
"Les négociations sont en cours" et "il faut que ce soit décidé dans les semaines qui viennent", a précisé Stéphanie Rist à quelques journalistes, ajoutant que "l'enjeu sera de dire pour quels patients et dans quelles conditions ces traitements pourront être remboursés".
Il faut que "ces médicaments soient remboursés a minima pour les patients les plus sévères, si l'on ne peut pas le faire pour tous", a dit le Pr Aron-Wisnewsky à l'AFP.
Mieux former et outiller les soignants, dont les endocrinologues, diabétologues et nutritionnistes et les diététiciens, est aussi une priorité de la feuille de route. Car "quelle soit notre spécialité, nous avons des patients atteints de cette pathologie, qui peut compliquer le soin des autres maladies", a noté la spécialiste.
Y.AlMasri--SF-PST