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Japon: des bergers très spéciaux face à la menace ours
Perçus comme une menace croissante pour les humains et l'agriculture, des milliers d'ours sont abattus chaque année au Japon. Mais Junpei Tanaka et sa chienne Rela, tapis dans les bois, ont un stratagème moins violent pour les repousser.
La désertification de zones rurales dans ce pays victime d'un déclin démographique accéléré, ainsi que le réchauffement climatique bouleversant leur régime alimentaire et leur période d'hibernation incitent davantage les ours à s'approcher des zones habitées pour se nourrir.
La multiplication des intrusions de ces animaux pouvant peser une demi-tonne a déclenché une psychose dans de nombreuses régions de l'archipel, aux trois-quarts montagneux.
Plus de 200 personnes ont été attaquées par des ours cette année dans le pays et six sont mortes, des chiffres record depuis le début de telles statistiques en 2006.
Une tête humaine, décapitée et lacérée, a notamment été retrouvée en mai près d'un lac de la grande île de Hokkaido (nord), et un ours aurait été aperçu dans les environs avec les cuissardes d'un pêcheur dans la gueule.
Deux espèces d'ours existent au Japon: les ours noirs d'Asie et les ours bruns, plus imposants, qui vivent exclusivement à Hokkaido.
Ils formeraient une population totale de plusieurs dizaines de milliers d'individus, et en forte augmentation sur les deux dernières décennies.
- Abattages record -
La réponse des autorités et des chasseurs japonais est impitoyable: 4.895 plantigrades ont été tués par an en moyenne dans le pays au cours des cinq dernières années, selon des statistiques du ministère de l'Environnement.
Et sur l'année fiscale en cours 2023/24 (qui s'achèvera fin mars prochain), 6.287 ours ont été abattus, dont environ 2.000 rien qu'en novembre.
Le nombre d'ours tués cette année "devrait monter jusqu'à 8.000" estime Junpei Tanaka, 50 ans, un membre de l'ONG japonaise Picchio Wildlife Research qui s'efforce de promouvoir une coexistence pacifique entre les humains et les ours.
"Pendant longtemps, les Japonais ont coexisté avec des animaux sauvages (...). Ils croyaient à la présence de divinités dans chaque organisme vivant et évitaient de tuer inutilement", rappelle à l'AFP M. Tanaka.
"Mais aujourd'hui, il est devenu difficile de séparer les zones sauvages des zones humaines en raison de l'évolution de l'environnement, des structures sociales et du mode de vie des populations", ajoute-t-il.
- "Berger d'ours" -
Son projet pilote à Karuizawa, une station de montagne huppée et entourée de forêts dans le département de Nagano (centre), vise à montrer ce qui peut être fait pour éviter de tuer des ours.
Lui et son équipe posent des pièges en forme de gros tonneaux dans les bois à proximité de la ville, avec du miel à l'intérieur, pour capturer les ours qui commencent à ne plus craindre les humains. Une fois endormis, les plantigrades sont équipés d'un collier émetteur puis relâchés beaucoup plus loin dans la nature.
Mais l'élément clé du stratagème est Rela et les autres membres de l'équipe canine de M. Tanaka. Tous appartiennent à la vaillante race de chien d'ours de Carélie, d'origine finlandaise, et sont des experts de la chasse au gros gibier.
Patrouillant la nuit dans les bois près de Karuizawa au volant de sa petite camionnette, M. Tanaka commence par agiter une antenne d'un mètre de long pour localiser tout ours proche équipé d'un collier émetteur.
"Il y en a un là-bas", dit-il soudain.
Rela et son maître s'élancent dans sa direction. La chienne se met à aboyer si férocement que le plantigrade déguerpit: la leçon finira bien par rentrer.
Cette méthode de "berger d'ours" est unique au Japon pour l'instant, mais d'autres communes s'y intéressent désormais, déclare à l'AFP Masashi Tsuchiya, un responsable municipal de Karuizawa.
"Grâce au programme de Picchio, nous avons appris qu'il était possible de contrôler et de surveiller les comportements des ours en les identifiant individuellement, en leur posant un collier radio et en les éloignant de la ville", se félicite M. Tsuchiya.
Cette initiative locale montre qu'il existe une troisième voie au lieu du choix binaire entre protéger ou tuer tous les ours, ajoute-t-il.
H.Jarrar--SF-PST