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L'île des Pins, joyau déserté de la Nouvelle-Calédonie
Avec ses plages de sable blanc et ses eaux cristallines, l'île des Pins est le joyau de la Nouvelle-Calédonie. Mais un an après les émeutes, les touristes ne sont pas revenus et les professionnels du secteur redoutent l’effondrement définitif de leur activité.
Sous les hautes silhouettes des pins colonnaires, la baie de Kuto déploie son lagon turquoise. Mais sur le sable, les serviettes sont rares et les catamarans restent trop souvent amarrés. "On fait office de vitrine, mais on se sent abandonnés", lâche Pierre-Emmanuel Faivre, le gérant du Kunie Scuba Center.
À la tête de la plus vieille école de plongée de Nouvelle-Calédonie, ce Jurassien installé depuis dix ans sur l'île voit son activité irrémédiablement s'éroder. "On a perdu près de 80% du chiffre d'affaires en un an", explique-t-il.
Faute de clients, l'entreprise vit désormais sur ses réserves. Il est pour l'instant sauvé par l'argent mis de côté pour l'achat de deux compresseurs de bouteilles – des équipements à plusieurs dizaines de milliers d'euros l'unité.
L’île des Pins, à 2h30 de bateau au sud de la Grande Terre, est mondialement connue des plongeurs pour la beauté de ses fonds marins.
Globalement épargnée par les émeutes de mai 2024, elle a tout de même connu quelques soubresauts: en août, l'église a été partiellement incendiée et deux élues non-indépendantistes agressées.
Conséquence, des pays voisins comme l'Australie classent toujours la destination "à risque", au niveau trois sur une échelle de quatre. Et les touristes ne sont jamais vraiment revenus.
Avant la crise, l'avenir semblait radieux pour Pierre-Emmanuel Faivre. En 2023, son centre de plongée avait battu "le record de Koh Lanta", en référence à l'année faste de 2005, quand le tournage de l'émission avait dopé la fréquentation.
En mars 2024, il participait au salon de la plongée à Tokyo. Plusieurs tour-opérateurs étaient prêts à programmer l'île, déjà très populaire auprès des touristes japonais, qui représentaient jusqu’à 30% de la clientèle de certains hôtels.
- Desserte au ralenti -
Mais les émeutes, puis l'arrêt en septembre pour raisons économiques de la liaison directe Nouméa-Tokyo par la compagnie calédonienne Aircalin, ont brisé cette dynamique.
Autre coup dur: la desserte de l'île a été drastiquement réduite, dénoncent les professionnels du secteur. Car sur un territoire financièrement exsangue, qui a connu une baisse de 10-15% de son PIB en 2024, selon les estimations de l'institut statistique locale, toutes les entreprises compressent leurs coûts.
La desserte en bateau est devenue aléatoire et les rotations aériennes, qui allaient jusqu'à 25 vols par semaine, sont descendues à cinq.
Président de la Fédération Île des Pins Tourisme, Lilian Morer a fait le compte: l'activité a chuté de 70 à 80% pour l'ensemble des structures touristiques, un tiers des établissements sont fermés, les autres peinent à dépasser 30% de taux d'occupation.
"Ça va mal, c’est totalement mort. On est en mode survie, mais on sait que ça ne tiendra pas dans le temps", avertit ce directeur d'un village vacances sur l'île des Pins.
Le chômage partiel, décrété après les émeutes, a permis d'éviter les licenciements immédiats. Mais le dispositif doit s'arrêter fin juin. Ensuite, "il y aura des plans sociaux", prévient Nicolas Zerathe, gérant d'un petit lodge qui arrive tant bien que mal à se maintenir à flot grâce à une clientèle fidèle.
Une catastrophe pour l'île, alors que le tourisme représente 600 emplois directs et indirects sur une population de 2.400 habitants. Même dans le meilleur des cas, aucun ne voit l'activité repartir avant fin 2026. "On est KO. Et même si ça repart, il faudra une vraie volonté et un gros chèque pour relancer", conclut Lilian Morer.
G.AbuOdeh--SF-PST