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Au Muséum d'Histoire naturelle, fossiles et squelettes déménagent
Des invertébrés, des rongeurs ou encore des papillons: au sein de la Galerie de Paléontologie et d'Anatomie comparée du Muséum national d'Histoire naturelle, les équipes s'affairent pour déménager des centaines de spécimens en prévisions de travaux.
Dans quelques jours, la GPAC, joyau de l'Art nouveau inaugurée en 1898 à Paris et déjà fermée au public depuis la mi-janvier, sera totalement inaccessible pendant 18 mois.
A l'été 2027, la mise aux normes de cette emblématique galerie du Muséum sera terminée. La nouvelle GPAC sera rigoureusement identique à l'ancienne - notamment avec ces fameuses allées serrées - hormis un nouvel accès pour les personnes à mobilité réduite.
En attendant, c'est une ruche studieuse à l'oeuvre sur les différents niveaux du site au milieu des vitrines, des fossiles, des squelettes et des bocaux de formol, afin de préparer le terrain aux échafaudages.
- Restauration -
En bas, c'est un squelette de cochon d'Inde mal en point pour qui la fermeture tombe à pic: le fait de le déplacer a révélé la fragilité de sa structure.
Penchés sur le petit squelette, le préparateur ostéologique Guillaume Gérard et la régisseuse des collections Cécile Colin-Fromont établissent le diagnostic: sa tête s'est décrochée, une patte également, et plusieurs côtes manquent à l'appel. Il va devoir bénéficier d'une restauration.
"C'est un spécimen qui vient du Pérou, il date de la moitié du 19e siècle", confie la chercheuse. "En route !", lance son collègue Alexander Nasole, chargé des projets muséographiques, en emmenant sur un chariot la fragile petite structure vers les coulisses.
En plus des restaurations opérées en interne, "12 spécimens seront envoyés en restauration à l'extérieur du Muséum, auprès de restaurateurs spécialistes de +naturalia+, les objets d'histoire naturelle", explique à l'AFP Christine Lefèvre, directrice des collections naturalistes du MNHN.
Comme ce petit cochon d'Inde, peu des 5.600 spécimens de la galerie ont été déplacés depuis l'inauguration de ce lieu emblématique.
Dans la galerie d'anatomie comparée, au rez-de-chaussée, "la plupart des spécimens étaient déjà là soit à l'époque des galeries Cuvier (ouvertes en 1806), soit préparés pour cette galerie (1898)", explique Christine Lefèvre.
Au 1er niveau, en paléontologie, "il y a eu davantage de mouvements car l'arrivée de nouveaux spécimens de grande taille a nécessité de réaménager l'espace", poursuit-elle en regardant les fossiles de dinosaures.
Au niveau des invertébrés, Marie-Béatrice Forel, responsable scientifique de la paléontologie, et deux agentes techniques des collections s'attellent à une tâche bien spécifique: elles regardent "la liste des spécimens que les scientifiques du Muséum veulent sortir pour les étudier".
Il y en a 80 à mettre à leur disposition, listés "pour des projets scientifiques, ou pour des projets d'ouvrages qui sont déjà lancés et qui doivent continuer".
Ceux qui auront oublié de faire leur demande à temps auront "éventuellement la possibilité d'être redirigés vers des spécimens dans les réserves de collection", disent-elles.
Ainsi donc, pendant les travaux, les recherches continuent.
- Vibrations -
En tout, 622 spécimens seront déplacés au centre des salles, près des grandes structures - dont le fameux rorqual - indémontables et indéplaçables. Les travaux porteront principalement sur le pourtour (fenêtres, portes...).
L'équipe s'attelle à minimiser les "risques de vibrations qui vont intervenir", explique Christine Lefèvre.
"On fait très attention aussi aux spécimens accrochés sur les grands panneaux en bois, tels les crânes d'éléphants. Certains sont fragiles et il faut les descendre". Ce sera chose faite après plusieurs heures d'effort.
Non loin, des techniciens procèdent au calage du squelette d'un éléphanteau, afin de minimiser les vibrations.
Délicatement, ils lui soulèvent les pattes, pour glisser dessous une plaque rigide plutôt qu'une mousse, afin d'éviter que les os ne s'enfoncent et que la structure d'ensemble ne se déforme.
Après les travaux, les salles seront mieux isolées des variations de températures extérieures.
En hiver, il y fait trop froid, et en été, trop chaud. Or "les squelettes de mammifères marins par exemple sont très gras. Quand il fait très chaud, ils continuent à suinter des extrémités articulaires", rappelle Christine Lefèvre.
C'est la magie de ce lieu plus de 100 ans après son ouverture: ses spécimens "bougent" encore.
B.Khalifa--SF-PST