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Fin de partie pour La Baie d'Hudson, entreprise intimement liée à l'histoire du Canada
L'entreprise est intimement liée à la fondation du Canada et à celle des grands magasins contemporains mais l'histoire touche à sa fin pour la Compagnie de la Baie d'Hudson, créée par deux trappeurs français il y a plus de 350 ans.
Tout un symbole au moment où le Canada est confronté aux menaces d'annexion de son voisin américain: le président Donald Trump, depuis son retour à la Maison blanche, n'a cessé de répéter que le Canada n'était pas un vrai pays.
Mais c'est aussi une nouvelle douloureuse pour de nombreux Canadiens: la Baie d'Hudson "fait partie de notre histoire, c'est un magasin qu'on a toujours connu", explique à l'AFP André Fortin, 90 ans.
En ce mois de mars, comme de nombreux autres clients, ce dernier fouille parmi les vêtements soldés pour la liquidation des stocks dans les allées de l'édifice classé, magasin emblématique de couleur rouille du centre-ville de Montréal.
"On pouvait passer la journée ici. C'était amusant", se souvient également Michelle Boulanger, 72 ans. "Sa fermeture va laisser un grand vide."
La plus vieille entreprise du pays et même d'Amérique du Nord, qui est depuis plusieurs années entre les mains d'un fonds d'investissement américain, était en cessation de paiement. Et il y a quelques jours, la Cour supérieure de l'Ontario l'a autorisée à fermer 74 de ses 80 magasins.
Plus de 9.000 emplois sont concernés par la liquidation.
Six magasins des provinces de l'Ontario et du Québec sont épargnés lors de la première vague de liquidation. Mais ces unités pourraient elles aussi devoir mettre la clé sous la porte, a affirmé Ashley Taylor, l'un des avocats de l'entreprise.
- "Processus colonial" -
C'est en 1670 que Pierre-Esprit Radisson et Médard Chouart des Groseilliers, deux commerçants de fourrures français, créent la compagnie après avoir reçu une charte royale du roi Charles II d'Angleterre.
La compagnie établit des postes de traite pour la fourrure, qui deviendront ensuite des villes canadiennes, "initiant un processus colonial qui a façonné le Canada", explique Amelia Fay, conservatrice au Musée du Manitoba à Winnipeg, qui conserve plus de 27.000 objets ayant appartenu à la compagnie.
L'entreprise "a été extrêmement importante pour ce que nous appelons aujourd'hui le Canada", ajoute-t-elle.
À l'époque, l'entreprise avait le monopole sur un vaste territoire de contrées sauvages de 4 millions de kilomètres carrés pour exploiter le piégeage et le commerce des fourrures.
Mais en 1869, deux ans après la fondation du Canada, la compagnie vend à ce pays naissant ses propriétés foncières, connues sous le nom de Terre de Rupert et qui représentaient un tiers du pays actuel.
Au début du XXe siècle, la compagnie lance les premiers grands magasins dans toutes les villes du pays.
Toutefois, l'entreprise est aussi vue aujourd'hui comme un symbole de la colonisation des populations autochtones, qui a débouché sur une politique d'assimilation dévastatrice pour les premiers peuples.
- "Changer de cap" -
"La raison du succès de l'entreprise a été sa capacité d'adaptation à ce qui se passait dans le monde, à changer de cap. Mais il semble que ce ne soit plus le cas", estime Mme Fay.
Aujourd'hui, "nous assistons à la disparition du grand magasin tel que nous le connaissons", confirme Bruce Winder, analyste de la vente au détail.
Selon lui, le secteur s'est scindé en plusieurs niches, allant des chaînes de magasins comme Walmart aux magasins vendant des marques de luxe ou des marques spécialisées.
Les achats en ligne et l'évolution des habitudes des consommateurs ont joué un rôle clé dans le déclin La Baie d'Hudson, dont la chute n'est que la dernière d'une série de fermetures de grands magasins en Amérique du Nord.
V.AbuAwwad--SF-PST