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L'UE veut mieux exploiter sa taille pour enrayer son déclin économique
L'Union européenne est en train d'être économiquement déclassée face à la Chine et aux Etats-Unis mais pourrait rebondir en exploitant mieux le potentiel de son marché de 450 millions d'habitants, un chantier qu'ouvrent les dirigeants de l'UE jeudi à Bruxelles.
Le constat est unanime: le Vieux continent perd pied dans la course mondiale à l'innovation, qu'il s'agisse de batteries ou d'intelligence artificielle.
Son industrie perd des marchés, frappée par la hausse des prix de l'énergie depuis l'invasion russe de l'Ukraine. Elle ploie sous une concurrence étrangère bénéficiant de subventions massives et de réglementations allégées.
L'UE est engluée dans la stagnation depuis plus d'un an et demi. Sa croissance a plafonné en 2023 à 0,4%, contre 2,5% aux Etats-Unis et 5,2% en Chine.
"Un changement radical, c'est ce dont nous avons besoin", a lancé mardi l'ex-président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, dans un discours en Belgique. "Nous disposons en Europe du même avantage lié à la taille de notre marché mais sa fragmentation nous freine", a-t-il expliqué.
L'ancien chef de gouvernement italien, régulièrement cité comme successeur potentiel à Ursula von der Leyen pour diriger la Commission européenne, doit remettre à l'été un rapport sur la compétitivité.
Les Vingt-Sept cherchent à définir les orientations stratégiques du prochain mandat de cinq ans qui s'ouvrira après les élections européennes de juin.
Le premier frein identifié est l'absence d'un véritable marché financier intégré à l'échelle de l'UE. L'Europe dispose d'une monnaie unique mais ses start-ups sont incapables d'effectuer les levées de fonds géantes de leurs concurrentes aux Etats-Unis. Les places financières américaines, plus rentables, aimantent par ailleurs l'épargne des Européens.
"Plus de 300 milliards d'euros quittent l'Europe chaque année pour s'investir aux Etats-Unis parce que le marché européen est fragmenté et pas assez attractif", s'est alarmé mercredi un autre ancien chef de gouvernement italien, Enrico Letta, qui ouvrira les débats jeudi matin.
Il a remis cette semaine un rapport très attendu sur l'avenir du Marché unique, un socle de la construction européenne posé il y a plus de 30 ans mais qui reste incomplet.
- L'UE face à un mur d'investissements -
"La proposition principale est de travailler à la construction d'une Union de l'épargne et de l'investissement", a expliqué M. Letta, une façon de désigner l'Union des marchés de capitaux, une arlésienne des débats européens.
La réunion de jeudi doit donner une nouvelle impulsion politique à ce projet qui, sur le principe, fait consensus, mais reste enlisé depuis 10 ans dans des débats techniques entre ministres des Finances sur fond d'intérêts nationaux divergents.
Il y a pourtant urgence. Rien que pour effectuer sa mue écologique et numérique, l'Europe devra investir ces prochaines années plus de 620 milliards d'euros supplémentaires par an, selon la Commission européenne. A cela s'ajoutent la hausse des dépenses militaires pour soutenir l'Ukraine face à la Russie, un effort supplémentaire évalué par la BCE à 75 milliards d'euros par an.
L'Europe est face à un mur d'investissements. L'Union des marchés de capitaux doit aider à le franchir en mobilisant l'épargne privée en faveur de l'économie réelle. Près d'un tiers des 35.000 milliards d'euros d'épargne des Européens "dort" sur des comptes bancaires, contre moins de 15% aux Etats-Unis.
En janvier, à Davos, le président français Emmanuel Macron avait aussi appelé à mobiliser des fonds publics à travers un nouvel emprunt commun européen, après le plan de relance historique à 800 milliards d'euros initié en 2020.
Mais l'idée est rejetée par les pays dits "frugaux" du nord de l'Europe, comme l'Allemagne, la Suède ou les Pays-Bas, qui refusent d'être mis de nouveau à contribution pour financer les besoins des pays du sud plus endettés.
"Ce dont nous n'avons pas besoin, c'est d'une nouvelle dette européenne commune", a répété la semaine dernière le ministre allemand des Finances, Christian Lindner. "Le sujet n'est pas sur la table", a d'ailleurs affirmé un diplomate de l'UE avant le sommet.
Outre les marchés de capitaux, Enrico Letta propose d'approfondir le marché unique dans les télécoms, l'énergie et la défense, autant de secteurs où l'Europe est morcelée par des réglementations nationales divergentes qui empêchent les effets d'échelle.
D.AbuRida--SF-PST