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Au Zimbabwe, la vulnérabilité des prostituées après les coupes dans l'aide américaine
Assises sur le matelas défraîchi où elles officient dans une bicoque des faubourgs de Harare, trois prostituées zimbabwéennes racontent les préservatifs devenus parfois introuvables et le tarissement des traitements contre le VIH depuis les coupes dans les aides américaines.
Ces travailleuses du sexe disent se sentir encore plus vulnérables depuis que le président américain Donald Trump a mis fin à de nombreux financements de programmes de santé par le gouvernement des États-Unis.
L'une d'elles, Sharon Mukakanhanga, plonge la main dans son sac et en ressort une chaussette pour bébé qui fut un moment sa seule protection, aussi précaire que relative.
"Ces petites chaussettes m'ont servi de préservatif quand je me suis retrouvée complètement démunie, au moment où le gouvernement américain a coupé le financement de mon sanctuaire", explique à l'AFP cette femme de 43 ans, en référence à son habituel dispensaire.
Comme Sharon Mukakanhanga, des dizaines de milliers de travailleurs et travailleuses du sexe au Zimbabwe se retrouvent démunis face à la déstabilisation d'un système de santé déjà fragile auparavant dans le pays d'Afrique australe.
Pendant deux décennies, les programmes américains, comme le PEPFAR, la plus grande initiative mondiale contre le VIH, ont constitué un filet de sécurité crucial. Ceux qui n'ont pas disparu ou fondu se retrouvent déstabilisés par le bouleversement de tout un écosystème sanitaire.
Au premier semestre 2025, 5.932 morts liées au sida ont été enregistrées par Harare, en augmentation par rapport aux 5.712 recensées lors de la même période l'année passée.
- "A risques" -
L'impact du retrait américain a été immédiat, d'après Cecilia Ruzvidzo, une travailleuse du sexe de 47 ans séropositive.
"Ca a été une période très compliquée. Je devenais folle", se remémore la mère de quatre enfants, qui pratique ce métier depuis près de 20 ans.
Lors de son dernier passage au dispensaire, elle n'a pu obtenir qu'une dizaine de jours de traitement antirétroviral.
"Je n'arrivais pas à trouver de préservatifs, qui sont indispensables à mon travail. J'étais à risque de contracter d'autres infections. Mes clients aussi étaient exposés", raconte-t-elle à propos des premiers temps après les coupes.
L'ONG Médecins Sans Frontières (MSF), qui ne dépend pas des financements américains, rapporte que ses dispensaires de la périphérie de Harare, comme Epworth et Mbare, sont débordés, tant d'autres ayant fermé ou se trouvant à sec de médicaments.
"Les gens ne savent pas où aller", déplore la responsable de projet de MSF, Charlotte Pignon.
"Il est difficile de faire la part des facteurs influençant ces chiffres (de décès en hausse), mais il est impossible de dire que les coupes américaines n'ont pas eu d'impact non plus", estime-t-elle.
- "Coup dur" -
L'ampleur des retombées est encore en cours d'évaluation, selon Wonder Mufunda, le directeur général du Centre pour les analyses humanitaires (CHA), un think tank situé à Harare.
D'après lui, le soutien financier américain représentait auparavant environ 522 millions de dollars (445 millions d'euros), dont environ 90 millions de dollars (77 millions d'euros) dédiés aux programmes de lutte contre le VIH.
"On se réveille en ayant perdu une telle somme, il y a eu de sérieuses perturbations", décrit-il à l'AFP en alertant sur une possible augmentation des décès. "C'est un coup dur", ajoute-t-il.
En plus du débordement des dispensaires, la crise économique au Zimbabwe pousse davantage de personnes dans la prostitution. Environ 40.500 femmes pratiquent cette activité, selon le CHA.
Avec la concurrence exacerbée, les travailleuses du sexe se retrouvent moins en position d'exiger des rapports protégés, explique Cleopatra Katsande, 20 ans. D'après elle, certaines réclamaient l'équivalent de moins de 50 centimes d'euros pour une passe, un montant dérisoire comparé au prix des préservatifs.
Il n'y avait pas vraiment de choix, selon l'expérimentée Cecilia Ruzvidzo: "On savait que ce n'était pas sûr" d'utiliser les chaussettes de bébé, confie-t-elle. "Mais je devais nourrir mes enfants."
Et les clients ne s'en inquiétaient pas franchement, à l'écouter: "Quand vient ce moment, les hommes n'ont pas les idées claires."
Q.Najjar--SF-PST