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En Hongrie, un site web pour boycotter l'oligarchie trop vite enrichie
C'est le dernier hôtel à la mode de la capitale hongroise, mais pour Attila Juhasz, militant anticorruption, il symbolise surtout l'accaparement du secteur touristique par une élite qui s'est enrichie sous le mandat de Viktor Orban.
Pour sensibiliser les consommateurs, son ONG K-Monitor répertorie les adresses controversées, comme ce superbe bâtiment néo-renaissance baptisé Alice Hotel.
"Nous sommes sur la prestigieuse avenue Andrassy bordée de palais du XIXe siècle" et sous laquelle circule le plus ancien métro d'Europe, construit dès 1893, explique M. Juhasz.
"L'un des propriétaires est un partenaire commercial d'Istvan Tiborcz, le gendre du Premier ministre" nationaliste, détaille ce trentenaire à la barbe fournie, parka jaune sur le dos.
L'ONG a mis en place une carte interactive, nerhotel.hu, sorte de guide consultable en ligne. De quoi permettre aux gens de vérifier qu'ils ne "dépensent pas leur argent" pour enrichir des personnalités politiquement impliquées, résume Attila Juhasz.
En trois ans, ce sont plus de 400 références, très souvent situées dans le cœur historique de Budapest, classé à l'Unesco, qui ont rejoint la base de données.
Entre 3.000 et 3.500 visiteurs uniques se rendent sur le site chaque mois et "les gens nous demandent sans cesse de vérifier de nouvelles adresses", se réjouit le militant. Une version en anglais est en préparation.
Contactés par l'AFP, l'Alice Hotel et deux autres adresses courues, Café Opéra et Hotel Moments, n'ont pas répondu.
- "Accumulation d'argent" -
Depuis le retour au pouvoir de Viktor Orban, il y a douze ans, dans ce pays de près de 10 millions d'habitants, membre de l'Union européenne (UE), Bruxelles et les ONG dénoncent la captation de l'économie par un cercle proche du gouvernement.
Inquiète d'un possible détournement des fonds européens, l'UE a jusqu'à présent refusé de verser les 7,5 milliards d'euros auxquels la Hongrie peut prétendre dans les prochaines années.
Un délai a été accordé à Budapest jusqu'au 19 décembre, afin de vérifier la mise en place des lois anti-corruption promises.
Le plan de relance post-Covid est également bloqué. Une réunion sur le sujet doit se tenir à Bruxelles le 22 novembre, selon une source européenne.
D'après un rapport du Parlement de Strasbourg publié en septembre, l'Office européen de lutte antifraude (Olaf) a recommandé à la Commission de recouvrer 2,2% des fonds communautaires versés à la Hongrie entre 2016 et 2020.
Il s'agit du pourcentage le plus élevé au sein des Etats membres et d'un chiffre nettement supérieur à la moyenne de 0,29%.
"Surgissant de nulle part, quelques individus sont devenus depuis 2010 les hommes les plus riches du pays", dénonce Marta Pardavi, du comité Helsinki de défense des droits de l'Homme.
"Leur style de vie est éloigné du commun des Hongrois, toujours pauvres dans certaines régions, et ils auraient bien du mal à justifier cette accumulation d'argent étonnamment rapide", poursuit-elle.
Avec la crise qui s'accentue sur fond de guerre en Ukraine, "l'enrichissement très visible" d'oligarques contraste selon elle avec "un système de santé publique en ruine" et des "écoles aux abois".
- "Classe d'entrepreneurs hongrois" -
Car il existe un lien entre le détournement de l'argent public et l'augmentation de la misère, selon Peter Akos Bod, économiste à l'université Corvinus.
"Si le gagnant d'un appel d'offres gouvernemental surfacture son projet et empoche la différence, cela fait grimper la note", explique cet ancien gouverneur de la banque centrale. "C'est la voie royale vers l'inflation" (21% en octobre sur un an), aggravée en plus par l'absence de réelle concurrence".
Pour se justifier, Viktor Orban dit souvent qu'il a voulu instaurer enfin une "classe d'entrepreneurs hongrois" et récupérer des capitaux détenus jusqu'à son arrivée par des grands groupes internationaux ayant profité de la privatisation des actifs après l'ère communiste.
Mais en faisant "converger les fonds vers des cercles d'amis", il a créé un "capitalisme des copains trop centralisé" qui n'est plus une "économie de marché occidentale classique", note l'expert.
Certes, des pans entiers, comme la puissante industrie automobile, dominée par des constructeurs allemands et japonais, échappent à son pouvoir.
Pourtant, la prise de contrôle se renforce, visant à survivre à l'ère Orban. Après le secteur bancaire, Budapest a récemment mis la main sur les télécoms, en récupérant la filiale hongroise du groupe britannique Vodafone.
Dans un apparent geste de bonne volonté en réponse aux inquiétudes de l'UE, le gouvernement a annulé en septembre un marché public de 138 millions de forints (342.000 euros), financé par des fonds de l'UE et remporté par deux agences de communication pour faire la promotion du patrimoine.
Elles étaient seules candidates en lice.
G.AbuGhazaleh--SF-PST