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Le futur GP de Formule 1 au Rwanda, "sportwashing" ou investissement avisé ?
Le futur GP de Formule 1 au Rwanda, "sportwashing" ou investissement avisé ? / Photo: Jean Baptiste Nkurunziza - AFP

Le futur GP de Formule 1 au Rwanda, "sportwashing" ou investissement avisé ?

"Sportwashing" pour les uns, projet démesuré pour d'autres, le GP de Formule 1 du Rwanda, promis vers 2030, fait abondamment réagir dans le pays d'Afrique et ailleurs, Kigali vantant un important "investissement pour le futur".

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Mardi, la capitale rwandaise s'est couverte de paillettes pour annoncer un accord qualifié d'"historique" par les principaux protagonistes : le Rwanda, l'organisation propriétaire de la Formule 1 et la Fédération internationale de l'automobile.

Le pays d'Afrique des Grands Lacs, dont l'histoire a été marquée par le génocide des Tutsi de 1994 - 800.000 morts, pour la plupart des membres de cette communauté mais aussi des Hutu modérés - va donc accueillir la discipline reine du sport automobile "au début des années 2030" et pour dix ans.

Une image glamour, faite de champagne et de stars, que le Rwanda assortira à ses magnifiques collines verdoyantes et sa faune, tout ceci étant diffusé en mondovision : la F1 se vend comme le troisième évènement sportif le plus suivi de la planète, après les Jeux olympiques et le Mondial de foot.

Le projet attriste pourtant Amnesty International, qui a immédiatement dénoncé un "prix de sportwashing" décerné à Kigali, coupable selon l'ONG d'"acheter sa place dans les plus grands événements sportifs mondiaux pour soigner son image et détourner l'attention de son effroyable bilan en matière de droits humains".

Une critique déjà émise à plusieurs reprises à l'encontre de la F1, qui dans sa quête de globalité et de profits, a tissé un grand nombre de partenariats avec des régimes au mieux qualifiés d'illibéraux (Chine, pays du Golfe, Azerbaïdjan, etc.).

- Diplomatie sportive -

Le Rwanda fut le premier pays africain à accueillir, l'an dernier les championnats du monde de cyclisme. Et ce fut une réussite. Kigali sponsorise aussi plusieurs clubs de foot européens d'envergure, dont le Paris SG, via son logo "Visit Rwanda", ainsi que la franchise américaine de basket des Los Angeles Clippers (NBA).

Mais si Paul Kagame, qui dirige de fait le Rwanda depuis la fin du génocide, est crédité pour sa vision stratégique et la métamorphose économique de son pays, il est également accusé par ses opposants de réprimer son opposition.

L'ancien directeur exécutif de l'ONG Human Rights Watch Kenneth Roth pointe sur X "l'invasion de l'est de la République démocratique du Congo par le M23", un groupe armé soutenu financièrement et militairement par Kigali, qui s'est emparé dans le sang de vastes pans de la RDC.

M. Kagame, durant la cérémonie de Kigali, a sobrement loué "l'honneur" d'avoir été choisi par l'élite du sport mécanique et vanté un "investissement pour le futur", qui apportera "des emplois, de la compétence, du tourisme" pour "les décennies à venir".

Mais au sein du public, un participant étranger espérait plutôt que "le Rwanda n'ait pas eu les yeux plus gros que le ventre". Car la F1 est un hobby onéreux, et beaucoup d'Etats bien plus riches s'y sont déjà brûlés les ailes.

- Atout Qatar -

Inde, Corée du Sud, Malaisie... ces pays, qui avaient construit des circuits spécifiquement pour accueillir la F1, l'ont quittée, parfois très rapidement, voyant leurs pertes financières s'amonceler. Des organisateurs européens, comme en France ou plus récemment aux Pays-Bas, ont connu les mêmes déboires.

Or par comparaison le Rwanda, malgré son boom économique, reste un pays à revenu faible, dont le PIB par habitant dépasse à peine les 1.100 dollars.

Il demeure en bas de classement mondial - en 159e position pour 193 pays étudiés par l'ONU - pour son indice de développement humain, même si celui-ci est en constante progression.

Dans ces conditions, des voix critiques se demandent si les centaines de millions de dollars nécessaires à l'édification d'un circuit moderne ne seraient pas mieux affectés à la santé ou l'éducation des Rwandais. Tout comme les dizaines de millions de dollars généralement facturés chaque année aux organisateurs de GP de F1.

Le Qatar, qui bâtit actuellement un nouvel aéroport international à Bugesera (environ 40 km de Kigali), près duquel la piste sera construite, "appuie" le projet rwandais, selon une source proche de la FIA.

Jean-Guy Africa, le PDG de l'Office de développement du Rwanda, se félicite, lui, de l'"intérêt colossal" du secteur privé. "Vous ne pouvez pas rater le fait que 100.000 personnes viendront" pour la course, avec d'importantes retombées pour l'hôtellerie et la restauration locale, souligne-t-il encore à l'AFP.

Si l'AFP a rencontré plusieurs Rwandais fiers que leur pays entre dans le gratin automobile, Amon Niyigena, un petit entrepreneur de Kigali, reste plus terre à terre. La F1, estime-t-il, "ne profitera pas à tout le monde, seulement à un petit pourcentage, ceux qui sont déjà riches".

O.Mousa--SF-PST