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A l'ère des drones, l'entraînement à l'ancienne de recrues ukrainiennes
Sous les premiers rayons du soleil d'une fraîche matinée d'août, quelques centaines de parachutistes ukrainiens en fin de formation se préparent dans un champ à leur tout premier saut. Même à l'ère des drones, l'entraînement à la guerre peut conserver des allures classiques.
Assis les uns derrière les autres, les soldats ont leur équipement solidement attaché au dos. Il s'agit d'un exercice, et beaucoup savent qu'ils ne déploieront probablement jamais leur parachute dans un vrai terrain de guerre.
Quatre ans et demi après le début de l'invasion russe, la technologie a complétement transformé la guerre et le rôle des soldats.
"Larguer des soldats à l'aide de parachutes n'est pas réaliste car, malheureusement, les moyens de l'ennemi peuvent les neutraliser très rapidement", explique l'instructeur, Axel, âgé de 24 ans.
Les forces aéroportées sont traditionnellement synonymes d'élite dans les armées du monde entier, et les parachutages constituent une part essentielle des conflits depuis la Seconde Guerre mondiale.
Mais l'image d'une guerre menée par l'infanterie et les affrontements dans les cieux est largement obsolète.
Dans le ciel, les drones règnent. Sur terre, les robots combattent et ravitaillent les troupes bloquées dans les zones les plus dangereuses du front.
Environ 90% des cibles sont désormais détruites par des drones, a rapporté le ministère ukrainien de la Défense en juillet.
Les futurs parachutistes ne peuvent pas l'ignorer. Mais malgré tout, ils sont convaincus que leurs compétences, peut-être d'un autre temps, gardent leur valeur.
La technologie ne peut pas tout faire, dit un militaire de 21 ans qui répond au nom de guerre Kariï.
"J'attends encore de voir l'intelligence artificielle gagner des guerres, libérer des territoires", souligne-t-il.
- "Forge le caractère" -
A ce stade de la guerre, les néo-parachutistes seront déployés pour tenir le front et repousser les avancées russes.
Le jeune officier Roman Koulievytch, rencontré par l'AFP lors de cet entraînement dans le centre de l'Ukraine, reconnaît qu'il n'est pas question de penser à des parachutages héroïques derrière les lignes ennemies.
Mais s'y entraîner reste "une tradition qui forge le caractère, qui nous distingue des autres branches des forces armées".
Pour les instructeurs militaires, se former comme pour une guerre à l'ancienne revêt une importance plus large.
"Cela fait partie de la préparation psychologique: on peut déterminer si les militaires sont prêts à faire face à des situations stressantes" et "voir comment ils affrontent leurs peurs", dit Axel.
La même logique explique la "marche forcée", redoutable exercice final permettant aux élèves de décrocher leur béret de parachutiste.
Ils doivent marcher pendant des kilomètres à travers sable et marais, dans l'odeur nauséabonde de carcasses d'animaux en décomposition et de faux sang, le tout au milieu d'explosions constantes et de coups de feu. Sans oublier les cris stridents de leurs formateurs.
Et pour finir: des combats au corps-à-corps contre trois parachutistes chevronnés, l'un après l'autre.
"Ca façonne votre mentalité et renforce votre motivation à combattre, pour que vous sachiez que vous êtes capables d'encore davantage en cas de situation critique", dit Kariï.
Pourtant, une fois au front, leur plus grande peur ne sera certainement pas un soldat d'infanterie prêt à en découdre, mais l'ennemi invisible aux manettes d'un drone.
Pour beaucoup, survivre au front nécessite de composer avec l'absence de relève pendant des jours, les pénuries de nourriture et la peur que le moindre mouvement trahisse votre position.
Raison de plus d'être préparé mentalement, en concluent les formateurs.
- "Pas des robots" -
Durant l'entraînement, une sirène d'alerte prévenant d'attaques aériennes interrompt momentanément les vols.
Le commandant mêle à ses ordres des blagues, comme pour chercher l'équilibre entre la discipline de l'armée et une affection presque paternelle pour ses jeunes.
"Messieurs, arrêtez de faire les marioles et venez donner un coup de main à vos frères pour préparer le parachute. Trouvez-vous un ravissant compagnon de vie et au boulot", crie l'un d'eux.
Un parachutiste serre la main d'un de ses camarades et lui souhaite innocemment bonne chance.
"La chance, c'est pour les perdants. Dans notre métier, c'est le savoir-faire et le courage", lui répond l'autre.
Iouriï, un formateur chargé des parcours d'obstacles, s'est parfois interrogé sur la nécessité de ces épreuves exténuantes à l'ère des drones.
Peut-être qu'un jour, "seuls les experts techniques feront la guerre", imagine-t-il.
"Mais quand même, le territoire n'est tenu par une unité que si une vraie unité y est présente - des hommes, pas des robots."
Kariï, le futur parachutiste, acquiesce.
"Avant toute chose, il y a un être humain derrière tout ça, et ces humains doivent être de très haut niveau".
S.Barghouti--SF-PST