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Ethiopie: l'ONU affirme que la frappe au Tigré a touché un jardin d'enfants
Le Fonds de l'ONU pour l'enfance (Unicef) a condamné samedi la frappe aérienne ayant la veille "touché un jardin d'enfants" dans la région éthiopienne du Tigré, l'UE et Londres appelant au respect du droit international protégeant les civils.
La déclaration de l'Unicef est la première confirmation internationale qu'un jardin d'enfants a été touché, comme l'affirment les autorités rebelles du Tigré alors que le gouvernement éthiopien a assuré de son côté ne viser que des "cibles militaires".
"L'Unicef condamne vigoureusement la frappe aérienne à Mekele, capitale de la région du Tigré en Ethiopie. La frappe a touché un jardin d'enfants, tuant plusieurs enfants et en blessant plusieurs", a dénoncé la directrice exécutive de l'organisation, Catherine Russell.
"Encore une fois, des enfants ont payé au prix fort une escalade de la violence dans le nord de l'Ethiopie. Depuis bientôt deux ans, les enfants et leurs familles dans la région subissent les affres de ce conflit. Il doit cesser", a-t-elle ajouté.
Le gouvernement éthiopien n'a pas réagi à ces déclarations onusiennes.
Sans mentionner la cible touchée, le commissaire européen chargé de la gestion des crises, Janez Lenarcic, a "condamné" cette frappe "ayant entraîné la mort de civils" et "appelé au respect du droit international humanitaire". "Les civils ne sont pas une cible", a-t-il tweeté.
"Les informations sur des frappes aériennes au Tigré ayant fait des victimes civiles sont épouvantables. Toutes les parties doivent respecter le droit international humanitaire et faire de la protection des civils leur priorité", a souligné la ministre britannique pour l'Afrique, Vicky Ford.
- "Barbare" -
Un responsable de l'hôpital Ayder, le principal de la ville de Mekele, a affirmé vendredi dans un message à l'AFP que son établissement avait reçu quatre morts, dont deux enfants, et neuf blessés.
La télévision officielle du Tigré a affirmé que "sept civils dont trois enfants" avaient été tués et a diffusé des images montrant ce qui ressemble à une aire de jeux dévastée et un bâtiment aux murs peints de dessins de couleurs vives endommagé.
Selon les rebelles, un avion a "largué des bombes sur une zone résidentielle et un jardin d'enfants". Le gouvernement éthiopien a répondu que son aviation militaire ne visait que "des sites militaires" et a accusé les rebelles tigréens de mise en scène "pour affirmer que l'aviation a attaqué des civils".
Les journalistes n'ont pas accès au nord de l'Ethiopie, rendant impossible toute vérification indépendante. Le réseau mobile et internet y est également aléatoire et aucun responsable n'a pu être joint samedi au Tigré.
Des combats ont repris mercredi dans le nord de l'Ethiopie mettant fin à cinq mois de trêve entre les deux camps qui se rejettent mutuellement la responsabilité du retour des hostilités.
Jusqu'à la frappe sur Mekele vendredi, les affrontements se limitaient à deux zones autour de la frontière sud-est du Tigré.
- Escalade redoutée -
La situation sur le terrain est difficile à apprécier, les zones théâtres de combats étant injoignables samedi. Mais le gouvernement a dans un communiqué accusé samedi les rebelles "d'intensifier leurs attaques sur plusieurs fronts", sans toutefois donner de détails.
"Si l'offre de paix faite par le gouvernement reste valable, les héroïques forces nationales de défense se coordonnent et répondent avec leur pleine efficacité et la totalité de leurs capacités", assure le gouvernement fédéral.
Aucun porte-parole des rebelles n'a pu être joint pour répondre à ces déclarations.
La frappe de vendredi marque une escalade redoutée par la communauté internationale qui s'inquiète d'une reprise du conflit à grande échelle et craint de voir annihilés les maigres espoirs de négociations de paix entrevus depuis juin, mais jamais concrétisés.
Dès mercredi, de nombreux pays et organisations internationales, ONU, Etats-Unis et Union européenne en tête, avaient appelé à une cessation des hostilités et à une résolution pacifique du conflit.
Celui-ci a éclaté en novembre 2020 quand le Premier ministre Abiy Ahmed a envoyé l'armée éthiopienne au Tigré pour en déloger l'exécutif de la région, l'accusant d'avoir attaqué des bases militaires sur place après avoir contesté durant des mois l'autorité du gouvernement fédéral.
Après avoir initialement battu en retraite, les rebelles ont reconquis lors d'une contre-offensive mi-2021 l'essentiel du Tigré.
Le bilan de cette guerre meurtrière, marquée par de nombreuses exactions commises par chaque camp, est largement inconnu. Mais elle a déplacé plus de deux millions de personnes et plongé des centaines de milliers d’Ethiopiens dans des conditions proches de la famine, selon l'ONU.
Début mars, quelques semaines avant la trêve, le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits humains avait indiqué que les frappes de l'aviation éthiopienne avaient tué plus de 300 civils au cours des trois mois précédents.
J.Saleh--SF-PST