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Crise du gaz: à Berlin, la ruée sur le charbon en prévision de l'hiver
"Un tel rush en été, tout ce monde qui veut du charbon, on n'avait jamais vu ça", confie Frithjof Engelke, un fournisseur berlinois des pierres noires devenues denrées rares dans la capitale.
La pénurie redoutée de gaz russe dans le sillage de la guerre en Ukraine a provoqué un engouement inattendu des particuliers pour ce mode de chauffage malgré sa nocivité.
Conséquence pour cet homme de 46 ans, patron de l'entreprise familiale centenaire Hans Engelke Energie: "les vacances attendront".
Il faut prendre les commandes, organiser les livraisons en camion - programmées jusqu'au mois d'octobre - et préparer les produits pour ceux qui viennent directement acheter leurs combustibles dans son entrepôt.
Par une chaude journée d'août, il pèse et ensache du charbon en vrac dans la poussière et le vacarme de sa machine de remplissage, puis dispose les sacs sur des palettes, en attendant les clients.
A Berlin, 5 à 6.000 foyers se chauffent encore au charbon, une toute petite fraction des quelque 1,9 million de logements, indique la ville.
Il s'agit souvent des personnes âgées, parfois entièrement dépendantes de ce combustible et vivant dans des habitations anciennes jamais rénovées, ou des amoureux de la chaleur lourde émanant des vieux poêles.
Mais cette année, de nouveaux clients sont arrivés "en masse", souligne Frithjof Engelke, dont la petite entreprise s'est aussi diversifiée dans les pellets de bois ou le fuel.
"Ceux qui se chauffent au gaz, mais qui ont encore un poêle à la maison veulent maintenant tous avoir du charbon", un phénomène, selon lui, généralisé en Allemagne.
- "Mieux que d'avoir froid" -
Jean Blum en fait parti. Ce jour-là, cet homme de 55 ans, cheveux et barbe blanche en pagaille, charge des sacs de 25 kg remplis des précieuses pierres noires dans sa remorque.
"J'achète du charbon pour la première fois depuis de nombreuses années", dit-il à l'AFP. Depuis que son logement est équipé au gaz, il allumait parfois son poêle mais seulement avec du bois.
Avec l'augmentation du prix du gaz, qui va s'exacerber à partir d'octobre quand les opérateurs pourront répercuter la hausse des prix de l'énergie sur le consommateur, il veut s'assurer un filet de sécurité.
"Même si c'est mauvais pour la santé, c'est toujours mieux que d'avoir froid", estime-t-il.
S'il faut débourser 30% de plus qu'auparavant, le charbon reste par ailleurs meilleur marché que le bois, dont les prix ont plus que doublé.
"Je m'inquiète, je me demande s'il y aura assez de gaz pour tout le monde", ajoute-t-il aussi, alors que Vladimir Poutine a déjà fermé en partie ce robinet dont l'Allemagne est très dépendante.
- "Renaissance" -
Le combustible noir connaît bon gré mal gré un retour en grâce dans le pays. Le gouvernement allemand s'est déjà résolu à un recours accru des centrales pour garantir les besoins énormes en électricité de son industrie.
Même s'il assure ne pas renoncer à son objectif d'abandonner cette énergie polluante en 2030, et exclut "une renaissance des énergies fossiles, en particulier du charbon", comme l'a récemment déclaré le chancelier Olaf Scholz.
Avec l'apparition de tous ces nouveaux clients privés, la production a du mal à suivre, et de nombreux petits marchands de charbon de la capitale n'ont plus rien à vendre.
"Nous produisons à pleine capacité pendant l'été, avec trois équipes, sept jours par semaine", indique pourtant à l'AFP Thoralf Schirmer, porte-parole de l'entreprise LEAG.
Situé dans le bassin minier de Lusace, à l'est, le site fournit en pierres de charbon des magasins de bricolage ou vendeurs de combustibles.
La production a bondi de 40% depuis janvier, précise-t-il, mais la demande est forte partout et la situation devrait rester tendue au moins jusque cet hiver.
D'autant que l'autre usine alimentant le marché en Allemagne, basée dans le bassin rhénan, va cesser sa production à la fin de l'année, réduisant l'offre.
"Je redoute un peu l'hiver", admet M. Engelke. Actuellement, les gens sont relativement détendus quand ils apprennent qu'ils devront attendre au moins deux mois avant d'être livrés, dit-il.
"Les choses seront radicalement différentes quand il va commencer à faire froid dehors."
F.AbuZaid--SF-PST