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Présidentielle Kényane: liesse et méga-meetings au dernier jour de campagne
Entourés de milliers de jeunes militants en liesse, les deux favoris à la présidentielle au Kenya ont clôturé samedi la campagne par deux méga-meetings à Nairobi, jetant leurs dernières forces avant le scrutin de mardi qui s'annonce serré.
Raila Odinga, 77 ans, et William Ruto, 55 ans, sillonnent depuis des mois le pays, distribuant casquettes, aliments ou argent en petites coupures lors de meetings quotidiens destinés à convaincre les 22,1 millions d'électeurs.
Les Kényans sont appelés aux urnes mardi pour choisir le successeur d'Uhuru Kenyatta, en poste depuis 2013 et dans l'impossibilité de briguer un troisième mandat. Ils doivent aussi désigner les députés et représentants locaux du pays, considéré comme un moteur économique et un point d'ancrage démocratique en Afrique de l'Est.
Dès samedi matin, le stade Kasarani de Nairobi et ses 60.000 places s'est paré des couleurs orange et bleue de "Baba", "papa" en swahili, le surnom de Raila Odinga. Sous haute surveillance policière, des dizaines de milliers de partisans de ce vétéran de l'opposition désormais porté par le pouvoir, ont assuré l'ambiance, dansant au son des vuvuzelas et de musiques vernaculaires.
Ils adhèrent à la promesse de leur candidat de lutter contre la corruption endémique dans le pays, classé 128e sur 180 pays selon l'ONG Transparency International. "On espère que le prochain président va améliorer l'économie et le niveau de vie... On a besoin d'emplois", explique aussi à l'AFP Evance Odawo, un couturier de 23 ans.
A une quinzaine de kilomètres de là dans le stade Nyayo et ses 30.000 places assises, des milliers de militants aux casquettes jaunes affichaient leur soutien à William Ruto, vice-président sortant qui a fait du pouvoir d'achat son cheval de bataille. Ruto s'est posé comme le porte-voix des "débrouillards" du petit peuple et a promis des emplois dans le pays où 80% de la main d’œuvre se trouve dans l'économie informelle.
"On essaye d'avoir n'importe quel travail, en faisant du ménage ou en lavant les vêtements, pourvu que ça soit payé. Mais on n'y arrive pas tous les jours", déplore Grace Kawira, 32 ans, mère de famille sans emploi. "On est juste en train de survivre", ajoute-t-elle.
- "baisser les prix" -
L'inflation, qui a grimpé à 8,3% en juillet, semble avoir atténué cette année l'effervescence électorale.
"Il (quel que soit le vainqueur,ndlr), doit faire baisser les prix" du carburant et des aliments de base, car 250 shillings (soit environ 2 euros) pour deux kilos de farine de maïs, "c'est beaucoup trop", estime Brian Kiprotich. Cet étudiant de 22 ans rejoint sur ce point l'avis de nombreux Kényans dont trois sur dix vivent avec moins de 1,90 dollars par jour selon la Banque Mondiale.
L'enjeu économique pourrait mardi, selon certains experts, supplanter le vote tribal, un facteur-clé depuis toujours dans les isoloirs kényans.
Si la campagne s'est parfois faite virulente sur les réseaux sociaux, les incidents ont été rares dans la rue. Quelque 150.000 officiers doivent néanmoins être déployés mardi à travers le pays pour assurer la sécurité.
Dans ce pays aux 46 tribus, les élections ont donné lieu à des contestations, parfois violentes. En 2007-2008, plus de 1.100 personnes sont mortes dans des affrontements politico-ethniques et des centaines de milliers ont été déplacées.
Les résultats sont aussi régulièrement contestés en justice. En 2017, la Cour suprême avait annulé l'élection - une première en Afrique - et demandé la tenue d'un nouveau scrutin.
Ces dernières semaines, nombreux ont été les appels au calme de la société civile et de la communauté internationale. Vendredi, une quinzaine d'ambassades, dont celle des Etats-Unis, ont ainsi plaidé dans un communiqué commun pour des élections "libres, justes et pacifiques" au Kenya.
La Commission électorale (IEBC) a, elle, assuré avoir mis en place les garde-fous nécessaires pour empêcher fraudes et manipulations et parer à d'éventuels problèmes techniques. Et des centaines d'observateurs indépendants, locaux et internationaux vont être déployés sur le terrain le jour du scrutin.
"Je veux (que les hommes politiques) acceptent les élections, pour que le pays puisse continuer en paix", plaidait samedi Kawira, 32 ans.
O.Mousa--SF-PST