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Au Sri Lanka, les pénuries d'énergie ravivent les fantômes de la crise de 2022
Comme il y a quatre ans. Dans les rues de la capitale sri-lankaise Colombo, les files qui s'étirent devant les stations-service et la forte hausse des prix de l'énergie pour cause de guerre au Moyen-Orient ont ravivé les douloureux souvenirs de la grande crise de 2022.
"Sincèrement, c'est difficile à supporter", soupire Wasantha Jayalath, 55 ans, vendeur au marché de nuit de la ville. "J'ai trois enfants scolarisés à la maison et je n'arrive plus à payer mes factures d'électricité".
Depuis un mois, le blocage de fait du détroit d'Ormuz a progressivement mis au ralenti le Sri Lanka, qui importe la totalité de ses besoins en pétrole.
Pour préserver ses maigres réserves, son gouvernement a rationné la distribution et augmenté les prix de l'essence, relevé ceux de l'électricité et imposé la semaine de travail de quatre jours dans la fonction publique.
Des remèdes sévères pour un pays qui peine à se relever de la plus grave crise économique de son histoire en 2022, quand la pénurie de produits de première nécessité faisait rage et l'inflation dépassait les 70%.
Au bout de quelques mois de violentes manifestations, la foule en colère avait obtenu la démission du président Gotabaya Rajapaksa, accusé de corruption.
- "Abysse" -
A la tête de la contestation d'alors, le Parti de l'avant-garde socialiste (FSP) ne cache pas aujourd'hui son inquiétude.
"La pression sur les lieux de travail a augmenté", explique un membre de son bureau politique, Duminda Nagamuwa. "Le choc a jusqu'à présent pu être absorbé par la population mais il y a aura une réponse à cette crise", avertit-il, "une réponse politique".
Anura Kumara Dissanayake a largement remporté la présidentielle de septembre 2024, et son Front de libération du peuple (JVP, marxiste) a raflé le majorité des deux tiers aux législatives deux mois plus tard.
Wasantha Jayalath a sans hésiter voté pour eux, convaincu par leur promesse de rendre sa vie meilleure.
Aujourd'hui, il déchante. "Je pensais qu'une aube nouvelle allait se lever sur notre pays", dit-il. "Mais ce n'est vraiment pas le cas. C'est même le contraire, je réalise que nous sommes en train de replonger dans l'abysse".
Négociant sur le marché de gros de la capitale, Priyantha Sudharshana Silva, 53 ans, se refuse pourtant à en rendre l'actuel gouvernement responsable. "Manifester ne changerait rien, le pays est déjà en difficulté", observe-t-il, "on se serre les coudes pour faire face".
Si la rue ne gronde pas encore, juge l'avocate Bhavani Fonseka, c'est parce que la population est entièrement occupée à assurer sa survie au quotidien.
- Etat d'urgence -
En plus de déjà restreindre la distribution du carburant, le gouvernement a commencé vendredi à encadrer l'approvisionnement en eau, pour ne pas piocher dans les réserves et réduire les frais de pompage.
"Comparé à 2022 (...) il n'y a pas le même niveau de protestation", décrit Mme Fonseka. "Le Sri Lanka sort tout juste d'un autre désastre (le passage meurtrier du cyclone Ditwah en novembre, ndlr) et l'état d'urgence alors imposé par le gouvernement est toujours en vigueur".
Ce régime d'exception, qui facilite les arrestations et la détention de suspects, pourrait être utilisé pour réprimer toute velléité de protestation, avance-t-elle. "Ces lois (...) font peser une menace sur les libertés".
Le cyclone Ditwah et son cortège d'inondations et de glissements de terrain ont fait 641 morts, des dizaines de milliers de sinistrés et des dégâts d'un montant estimé par la Banque mondiale à plus de 4 milliards de dollars.
Le plan d'urgence débloqué dans la foulée par le gouvernement pour les réparations et l'aide aux victimes - 1,6 milliard de dollars - a sérieusement amputé sa marge de manoeuvre pour répondre à la crise de l'énergie.
"Les prix du pétrole (sur les marchés) vont finir par redescendre", anticipe, fataliste, Shantha Mendis, un habitant de Colombo âgé de 60 ans. "Mais ça ne les fera pas baisser dans notre pays, c'est ça la vérité".
I.Yassin--SF-PST