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Vives tensions Mauritanie-Mali après la multiplication d'incidents à la frontière
Que se passe-t-il à la frontière entre la Mauritanie et son voisin malien miné par le jihadisme ? Morts de citoyens mauritaniens au Mali, accusation de détentions de militaires maliens en Mauritanie: depuis plusieurs semaines, les incidents se multiplient entre les deux pays sahéliens, provoquant de vives tensions diplomatiques.
Alors que le Mali combat sur son sol des groupes jihadistes et des indépendantistes touareg, le conflit déborde régulièrement chez son voisin qui se démarque par sa stabilité et accueille des réfugiés fuyant le conflit.
Si ces incidents entachent depuis des années les relations entre les deux pays, qui partagent plus de 2.000 km de frontière souvent poreuse, les récents événements les ont crispées à un niveau inédit.
Mi-mars, l'armée malienne a affirmé que deux de ses militaires "détenus par des groupes armés terroristes ont réussi à s'exfiltrer d'un camp de réfugiés en Mauritanie".
Pour les autorités mauritaniennes, suggérer que des "terroristes" agissent sur leur territoire est "totalement infondé" et "profondément offensant": dès le lendemain, elles convoquent l'ambassadeur malien en poste à Nouakchott et expriment leur "indignation" dans un communiqué.
La Mauritanie accueille sur son territoire des centaines de milliers de réfugiés ayant fui le Mali, confronté depuis plus d'une dizaine d'années aux violences de groupes jihadistes et à une insurrection indépendantiste qu'il peine à endiguer.
"La junte malienne est persuadée que la Mauritanie est une base arrière des jihadistes", explique à l'AFP un diplomate malien qui a été en poste à Nouakchott.
Selon une source militaire malienne, "la Mauritanie abrite aussi les terroristes du Front de libération de l'Azawad (FLA)", les indépendantistes touareg en conflit avec l’État central.
"Il ne s'agit nullement pour nous de les accuser de quoi que ce soit", tempère toutefois un fonctionnaire au ministère malien des Affaires étrangères, selon qui les Mauritaniens "ont juste pris la mouche".
- "Agressions répétitives" -
Quelques jours après cette première passe d'armes par communiqués interposés, des citoyens mauritaniens sont morts au Mali lors de plusieurs incidents distincts.
En réponse à ce qu'elle qualifie d'"agressions répétitives contre des citoyens mauritaniens sur le territoire malien", la Mauritanie a recommandé en mars à ses éleveurs de bétail de ne plus se rendre au Mali pour leur sécurité.
Le ton est encore monté la semaine dernière après un nouvel incident au Mali: Nouakchott a condamné "avec la plus grande fermeté ces actes inacceptables", réitérant "que la protection de ses citoyens constitue une ligne rouge".
Sans la nommer explicitement, c'est l'armée malienne qui est accusée.
Bamako n'a pas réagi officiellement, mais une source militaire affirme que des "terroristes" ont été "neutralisés" lors de ces opérations au Mali.
"Il faut le dire, ces dernières années il y a eu des bavures de l'armée malienne et des mercenaires russes contre des Mauritaniens à la frontière entre les deux pays", reconnaît le diplomate malien à l'AFP.
Située en plein désert du Sahara, l'immense frontière séparant les deux pays n'est pas toujours lisible pour les populations qui vivent, commercent et font paître leurs troupeaux de part et d'autre.
"Les populations des deux côtés ne sont pas forcément dans une logique de deux pays, elles vivent à cheval entre les deux", explique Amadou Sall, du groupe de réflexion Mauritanie Perspectives.
Ces incidents à la frontière ne sont pas nouveaux, souligne M. Sall: "Même si par moments il y a eu des incidents sérieux, ça a toujours été réglé par le canal diplomatique".
- Tensions récurrentes -
Les deux voisins entretiennent des relations souvent tendues depuis l'arrivée au pouvoir par la force d'une junte au Mali, en 2020.
En 2024 déjà, le ministre de la Défense mauritanien avait été reçu par le chef de la junte malienne à Bamako après des "attaques répétées contre des citoyens mauritaniens innocents et sans défense à l'intérieur du territoire malien", selon Nouakchott.
A plusieurs reprises ces dernières années, la Mauritanie a accusé l'armée malienne et ses supplétifs russes d'avoir pénétré sur son territoire pour poursuivre des hommes armés.
Les questions migratoires ont également été sources de crispations.
Nouakchott a mené ces dernières années plusieurs campagnes d'expulsions de migrants ouest-africains, dont des Maliens, provoquant de vives protestations dans la région.
Pour apaiser les tensions, une mission diplomatique mauritanienne avait été dépêchée à Bamako en octobre dernier.
"Nous travaillons avec nos frères mauritaniens pour aplanir les différends", assure le fonctionnaire malien au ministère des Affaires étrangères, qui confie "négocier avec (ses) voisins mauritaniens pour avoir le droit de poursuivre" les jihadistes de l'autre côté de la frontière.
Côté mauritanien, une source proche de la présidence affirme: "Nous faisons tout, le président de la République en tête, pour que la situation ne dégénère pas. Depuis quatre ans il y a des exactions contre nos populations civiles."
Pour Bakary Sambe, du groupe de réflexion Timbuktu Institute, basé à Dakar (Sénégal), ces tensions sont "conjoncturelles" et ne peuvent pas durer: "Les deux pays n'ont qu'un seul choix: c'est la bonne coopération transfrontalière".
Les deux voisins ont "besoin de travailler de manière conjointe pour la sécurisation des frontières et la gestion de la menace terroriste", conclut-il.
sd-lar-str-els/lp/mba
A.Suleiman--SF-PST