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L'OMC lance sa conférence ministérielle à Yaoundé dans un contexte de crise
La conférence ministérielle de l'OMC s'est ouverte jeudi à Yaoundé, au Cameroun, dans un contexte de crise au sein de l'organisation, de tensions commerciales accrues et de fortes turbulences de l'économie mondiale liées à la guerre au Moyen-Orient.
Pendant quatre jours, les membres de l'Organisation mondiale du commerce se réunissent pour tenter de relancer une institution fragilisée par les tensions géopolitiques, les blocages des négociations et la montée du protectionnisme, alors que la guerre au Moyen-Orient fait peser une lourde menace sur les échanges mondiaux.
"Le système du commerce mondial connaît ses pires perturbations depuis 80 ans", a déclaré d'entrée de jeu la directrice générale de l'Organisation mondiale du commerce, la Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala, après la cérémonie d'ouverture.
"Mais ces perturbations ne sont que le symptôme de bouleversements plus vastes qui ébranlent l'ordre international créé après la Seconde Guerre mondiale pour empêcher la répétition des horreurs de la première moitié du XXe siècle", a-t-elle ajouté.
Il s'agit de la deuxième conférence ministérielle de l'OMC sur le continent africain, après Nairobi en 2015.
Mme Okonjo-Iweala a lancé un appel mercredi pour que Yaoundé ouvre "un nouveau chapitre dans l'histoire du système commercial multilatéral", pointant du doigt l'"unilatéralisme auquel nous assistons" qui est engendré, selon elle, par "l'échec collectif" des membres de l'OMC, au fil des ans, à répondre aux préoccupations des pays.
- "Moment décisif" -
Pour cette quatorzième édition, nombre de pays souhaitent que la réunion marque un tournant pour l'organisation, qui peine à conclure des accords en raison de la règle du consensus.
En 2024 à Abou Dhabi, les ministres avaient échoué à s'entendre sur la pêche et l'agriculture. Deux ans plus tard, ils se retrouvent face à un défi majeur : élaborer un plan d'action pour réformer l'OMC, à une époque marquée par l'unilatéralisme de l'administration Trump.
Le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, a réclamé lundi "une réforme en profondeur de l'OMC (...) afin de mieux gérer les conditions de concurrence, les surcapacités et les politiques de marché". Londres aussi estime que "l'OMC vit un moment décisif".
"La réforme doit aboutir à une OMC (...) capable de répondre aux défis d’aujourd'hui et de restaurer la confiance dans le système commercial multilatéral", a plaidé de son côté le ministre camerounais du Commerce Luc Magloire Mbarga Atangana.
Plusieurs membres souhaitent modifier les procédures de décision de l'organisation, qui suit le principe du consensus, mais aussi revoir les règles relatives aux pays en développement et celles concernant l'égalité des conditions de concurrence, et remettre en état de marche le mécanisme de règlement des litiges commerciaux.
Les intérêts nationaux divergent fortement, rendant toute percée diplomatique incertaine.
- Le retour de Trump -
Cette ministérielle est la première depuis le début du deuxième mandat de Donald Trump qui malmène le multilatéralisme et les règles de l'OMC à coups de droits de douane et de deals commerciaux bilatéraux.
"L'OMC doit évoluer si elle veut conserver une quelconque pertinence à mesure que le système commercial international se réoriente vers la réciprocité et l'équilibre", a averti lundi le représentant américain au Commerce Jamieson Greer.
Aucun accord significatif sur la réforme n'est attendu. Les discussions préparatoires à Genève ont révélé que quelques pays, notamment l'Inde et les Etats-Unis, n'étaient pas satisfaits de la proposition de feuille de route.
Une des principales demandes américaines est la révision du principe fondamental de l'OMC dit de "la nation la plus favorisée" (MFN) qui garantit qu'un pays offre un traitement égal à tous ses partenaires commerciaux. L'UE n'est pas opposée à ce qu'une "réflexion" soit menée.
La Chine, comme les autres pays en développement, souhaite en revanche que cette règle reste "le fondement" de l'organisation.
La réforme de l'OMC a été rendue plus urgente avec la paralysie prolongée de l'organe d'appel du mécanisme de règlement des différends depuis 2019 - liée au blocage de la nomination des juges par Washington - et la politique commerciale agressive de Donald Trump, dans un contexte international où la frontière entre commerce et enjeux de sécurité est toujours plus poreuse.
Au-delà de la réforme, les ministres doivent s'entendre à Yaoundé sur la reconduction du moratoire relatif aux droits de douane sur les transmissions électroniques. Ses partisans devront pour cela convaincre l'Inde.
Les ministres espèrent également que l'Inde accepte que l'accord plurilatéral de "facilitation de l'investissement pour le développement", signés par près de 130 pays, soit incorporé au corpus des règles de l'organisation. Cet accord est très demandé par les pays en développement mais l'Inde a été jusqu'à présent, par principe, opposé aux accords plurilatéraux au sein de l'OMC.
P.Tamimi--SF-PST