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Décision attendue sur le projet controversé de super-ambassade chinoise à Londres
Après plusieurs reports, le gouvernement britannique doit annoncer mardi s'il autorise la construction d'une gigantesque ambassade chinoise à Londres, un projet qui alimente des inquiétudes en matière d'espionnage et pèse sur ses relations avec Pékin.
Les atermoiements du gouvernement travailliste sur ce dossier illustrent la position délicate du Premier ministre Keir Starmer qui tente de relancer les relations avec la Chine depuis son arrivée au pouvoir en juillet 2024, tout en reconnaissant que ce pays représente une "menace" pour la sécurité du Royaume-Uni.
La décision est attendue alors qu'une visite officielle du chef du gouvernement britannique en Chine est prévue fin janvier selon les médias britanniques -- ce qui n'a pas été confirmé par Downing Street.
Pékin tente depuis plusieurs années de déplacer son ambassade, actuellement située dans le quartier huppé de Marylebone, vers un site proche de la Tour de Londres et du centre d'affaires de la City.
Elle deviendrait, si elle était approuvée, la plus grande ambassade au Royaume-Uni en superficie et la plus grande ambassade de Chine en Europe occidentale.
La Chine a racheté en 2018 pour 316 millions d'euros ce terrain de 20.000 m2, qui abritait depuis près de deux siècles le Royal Mint, le fabricant officiel des pièces de monnaie britanniques, et aujourd'hui laissé à l'abandon.
Mais son projet suscite une levée de boucliers de la part de riverains, de militants des droits humains et d'autres voix critiques à l'égard de Pékin.
Ils s'inquiètent en particulier des risques d'espionnage lié à la future ambassade. Des craintes alimentées par plusieurs révélations dans la presse britannique ces derniers mois sur les plans du futur bâtiment.
La semaine dernière encore, le Daily Telegraph a affirmé que les plans non expurgés de l'édifice qu'il a pu consulter montrent que la future ambassade doit accueillir des "pièces secrètes", non loin de câbles souterrains de communications sensibles.
- "Ambassade-espion" -
Des manifestations, réunissant parfois plusieurs centaines de personnes, ont régulièrement eu lieu devant le site, dont la dernière en date samedi.
"Nous ne pouvons pas permettre aux Chinois de construire cette ambassade-espion dans un lieu aussi crucial pour notre sécurité nationale", a affirmé la cheffe de l'opposition conservatrice Kemi Badenoch, présente sur place.
Un éventuel feu vert de Londres au projet pourrait toutefois encore faire l'objet d'un recours en justice.
Les reports successifs d'une décision sur le projet ne sont pas du goût de Pékin. Début décembre, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Lin Jian, avait déclaré que son pays était "fortement mécontent" et que les raisons invoquées étaient "tout à fait indéfendables".
Quelques jours plus tôt, Keir Starmer avait explicité sa ligne face à Pékin, affirmant qu'il voulait à la fois "travailler et commercer" avec la Chine, tout en "se protégeant" face à un pays qui représente "une véritable menace pour la sécurité nationale".
Londres réclame aussi la libération de l'ex-magnat des médias et militant prodémocratie britannique Jimmy Lai, déclaré coupable en décembre à Hong Kong de sédition et de collusion avec l'étranger.
Le dirigeant travailliste veut toutefois continuer à assouplir des relations bilatérales qui s'étaient tendues sous ses prédécesseurs conservateurs.
Elles avaient alors été marquées par les critiques de Londres sur la restriction des libertés à Hong Kong et le traitement de la minorité musulmane ouïghoure dans le Xinjiang, ainsi que des accusations mutuelles d'espionnage.
Un dégel s'est accéléré en fin 2024 avec une rencontre entre Keir Starmer et le président chinois Xi Jinping en marge du G20 au Brésil, la première entre les dirigeants de ces deux pays depuis 2018.
Plusieurs ministres britanniques ont effectué des déplacements en Chine, notamment pour défendre une relance des relations économiques entre les deux pays.
L.AbuTayeh--SF-PST