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Washington prêt à travailler avec les dirigeants vénézuéliens après avoir emprisonné Maduro
Les Etats-Unis ont laissé entendre dimanche qu'ils pourraient collaborer avec les dirigeants vénézuéliens encore en place, après avoir capturé le président de ce pays riche en pétrole lors d'une opération spectaculaire pour le traduire en justice à New York.
A Caracas, les rues étaient peu fréquentées et les patrouilles de policiers masqués et lourdement armés aperçues la veille absentes après la capture et l'exfiltration de l'héritier de Hugo Chavez et de son épouse Cilia Flores par les forces spéciales de l'armée américaine.
Des habitants patientaient devant les magasins d'alimentation, dont certains faisaient entrer les clients un par un pour éviter les pillages, ont constaté les journalistes de l'AFP.
Le président vénézuélien déchu de 63 ans a passé sa première nuit dans une prison de Brooklyn à New York et devrait être traduit lundi devant la justice américaine pour "narcoterrorisme" selon la presse, au côté de son épouse âgée de 69 ans.
En décrivant une opération audacieuse préparée depuis des mois, Donald Trump avait assuré samedi que les Etats-Unis allaient désormais "diriger" le pays de 30 millions d'habitants, ajoutant qu'il serait prêt à y dépêcher des troupes au sol et y lancer une "seconde vague" d'attaques.
Mais le chef de la diplomatie américaine a nettement tempéré dimanche les propos du président américain en faisant la tournée des chaînes de télévision américaines. "Nous sommes en guerre contre les organisations de trafic de drogue, pas en guerre contre le Venezuela", a lancé Marco Rubio sur NBC News.
- "Nous allons juger"-
Washington est disposé à collaborer avec la vice-présidente vénézuélienne Delcy Rodriguez, à qui la Cour suprême du pays a confié le pouvoir et d'autres dirigeants encore en place, mais jugeront leur comportement sur pièce, a souligné le chef de la diplomatie américaine sur CBS.
"S'ils ne prennent pas de bonnes décisions, les Etats-Unis conserveront de nombreux leviers d'influence pour garantir la protection de nos intérêts, notamment l'embargo pétrolier. Nous allons donc juger, à l'avenir, nous allons juger tout ce qu'ils font", a-t-il averti.
Si les Etats-Unis ne veulent plus s'impliquer, selon Marco Rubio, dans les affaires politiques de pays tiers, comme en Irak ou en Afghanistan, Donald Trump n'a pas caché son intérêt pour les vastes ressources pétrolières du Venezuela, premières réserves de brut prouvées au monde.
Le président américain a affirmé samedi qu'il autoriserait les compagnies pétrolières américaines à exploiter les ressources pétrolières du Venezuela, qui détient 17% des réserves de brut mondiales et vend 80% de son pétrole de mauvaise qualité vers la Chine.
Après la diffusion par Donald Trump de la première photo de Nicolas Maduro les menottes aux poignets et les yeux bandés, la Maison Blanche a publié samedi une vidéo du président déchu, menotté et en sandales, escorté par des agents dans les locaux de la Drug Enforcement Administration (DEA), l'agence fédérale antidrogue.
"Bonsoir, bonne année", entend-on déclarer le président vénézuélien, qui a ensuite été conduit dans une prison fédérale du quartier de Brooklyn.
Plusieurs capitales ont mis en cause la légalité de l'opération américaine et le Conseil de sécurité de l'ONU doit se réunir lundi à la demande de Caracas.
- "Violation du droit" -
Le raid a été vivement condamné par les alliés de Caracas -- Chine, Russie, Iran ou Colombie -- et les critiques ont également fusé à l'ONU, l'UE, et diverses capitales latino-américaines et européennes contre le recours à la force contre un Etat souverain et "une violation du droit international". Seuls quelques gouvernements pro-Trump, tels l'Argentine ou Israël, ont applaudi.
La cheffe de l'opposition vénézuélienne et prix Nobel de la paix, Maria Corina Machado, s'était au contraire réjouie de la capture de Nicolas Maduro.
"L'heure de la liberté est arrivée", a-t-elle réagi, estimant que le candidat de l'opposition à la présidentielle de 2024, Edmundo Gonzalez Urrutia, en exil en Espagne, devait "assumer immédiatement" la présidence.
Mais Washington a semblé disqualifier les représentants de l'opposition, Marco Rubio déclarant en outre qu'il était trop tôt pour évoquer l'organisation d'élections au Venezuela.
"C'est prématuré à ce stade. Mais il y a beaucoup de travail", a-t-il dit sur NBC, ajoutant : "Nous attachons de l'importance aux élections et à la démocratie (...) Mais ce qui nous importe avant tout, c'est la sécurité, le bien-être et la prospérité des États-Unis".
Quelque 500 partisans de M. Maduro s'étaient rassemblés samedi non loin du Palais présidentiel de Miraflores, à Caracas, pour dénoncer l'interventionnisme américain.
"Comment se fait-il qu'un gouvernement étranger vienne s'ingérer dans le pays et en expulse le président ? (...) C'est la force du caïd de quartier", a déploré à Caracas Katia Briceño, une professeure d'université de 54 ans.
A l'inverse, des milliers de Vénézuéliens exilés, sur les huit millions qui ont fui leur pays en proie à une crise politique et économique sans fin, se sont rassemblés dans plusieurs villes du monde pour célébrer la chute de Nicolas Maduro.
"Enfin nous allons avoir un pays libre. Enfin nous allons pouvoir rentrer chez nous", a dit à l'AFP Yurimar Rojas, vendeur ambulant à Santiago du Chili.
M.AbuKhalil--SF-PST