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L'armée française mise sur la "révolution culturelle" de la robotique terrestre
L'armée française avait raté le virage des drones, elle veut être aux avant-postes de celui de la robotique terrestre et mise sur l'intelligence artificielle pour disposer d'ici deux ans d'une unité robotisée de combat autonome.
Comme la Première Guerre mondiale avait vu exploser l'emploi de la voiture et de l'avion, la guerre en Ukraine met en lumière les progrès galopants de la robotique terrestre.
Dans ce conflit figé où s'exposer fait prendre le risque d'être vite éliminé par un drone, les "robots mules", télécommandés par un soldat, sont de plus en plus utilisés pour l'évacuation des blessés ou des tâches logistiques.
L'armée de Terre française s'est essayée à l'emploi de ces robots pilotés à distance au cours de l'exercice de l'Otan Dacian Fall, qui vient de s'achever en Roumanie. Mais ce ne sont que des balbutiements avant l'avènement de robots pleinement autonomes car dopés à l'IA.
"La robotique terrestre, il y a cinq ans on aurait dit qu'elle arriverait en 2030-2035. Manifestement, cette date se rapproche, parce que la technologie évolue plus vite qu'on ne le pensait", estime le général Pierre Schill, chef d'état-major de l'armée de Terre.
Avec le projet Pendragon lancé en mars et doté de 35 millions d'euros pour 2026, l'armée de Terre entend selon lui "anticiper et exploiter ce qui sera une révolution culturelle et tactique".
"A l'été 2026, nous voulons avoir une première unité opérationnelle robotisée", constituée d'une vingtaine de robots dont une partie de drones aériens, espère-t-il.
- "Cerveau collectif" -
C'est à Bruz, près de Rennes, que l'Agence ministérielle pour l'intelligence artificielle de défense (Amiad) planche pour lui donner vie.
"L'enjeu est d'arriver à coordonner un ensemble hétérogène de drones et de robots pour remplir des missions", explique son directeur technique Alain Droniou, qui table sur une "première démonstration" l'été prochain et un "premier de série" l'année suivante.
Il faut développer les algorithmes d'IA qui permettront de donner un "cerveau collectif" à ces robots.
Un humain assigne une mission à l'unité robotisée et "l'intelligence artificielle entre en jeu pour décliner cette mission en sous-tâches automatisées" assignées aux différents robots: "l'unité a le droit d'organiser tout d'elle-même pour arriver à faire sa mission", explique un ingénieur de l'Amiad.
Si un robot est perdu au cours de la mission, "on veut que, de manière autonome, les drones qui composent la flotte arrivent à se réorganiser", ajoute-t-il à côté d'une volière où évolue un robot à quatre roues survolé par un petit drone.
L'Amiad a conscience d'avancer à tâtons car "on ne sait pas dire exactement quelle sera la configuration de l'URC (l'unité robotique de combat, ndlr) et quelles seront exactement les missions tactiques qui seront remplies", confesse Alain Droniou.
L'objectif in fine est de pouvoir effectuer les missions dévolues à une section d'infanterie de 40 hommes.
- Pas des Terminator -
Mais le chemin promet d'être semé d'embûches, comme a pu le montrer le Challenge de collaboration homme-machine (CoHoMa). Organisé au printemps, il a mis en compétition des équipes regroupant industriels, laboratoires de recherche et écoles d'ingénieurs.
Toute la difficulté est que "le robot doit faciliter l'action de combat, et non pas la contraindre", expliquait-on alors.
Entre progresser sur un terrain accidenté et conserver la communication avec le robot malgré le brouillage, les écueils sont nombreux. Une herbe un peu trop haute peut être perçue par le robot comme un obstacle infranchissable, des nénuphars sur une mare comme un passage possible.
Avec Pendragon, les drones aériens avec leur caméra doivent servir d'éclaireur aux robots à roues pour leur indiquer les chemins possibles.
Une fois opérationnelle, "comme tout système d'armes, la destruction fera partie des missions de l'unité robotisée", selon Alain Droniou.
Mais avant de s'en prendre à des soldats ennemis, "on peut penser à détruire des matériels et éventuellement, dans les combats futurs, des unités robotiques qui auront été développées par nos adversaires", explique-t-il.
La France "refuse de confier la décision de vie ou de mort à une machine qui agirait de façon pleinement autonome et échapperait à tout contrôle humain", avait promis dès 2019 Florence Parly, alors ministre des Armées, assurant que "Terminator ne défilera pas au 14-Juillet".
F.Qawasmeh--SF-PST