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Dans l'exclave russe de Kaliningrad, l'isolement face aux voisins de l'Otan
Kaliningrad "n'est certainement pas une ville qui capitule", affirme Alexandre, bravache. A 1.000 km de Moscou, l'exclave russe surarmée ressent tout le poids de son isolement et tente de chasser l'impression de siège face à la Pologne et la Lituanie, ses voisins, membres de l'Otan.
La Pologne et la Lituanie, avec lesquelles Kaliningrad partage ses uniques frontières terrestres, "veulent frimer, montrer leur force, renforcer leurs frontières, ériger des fortifications", énumère Alexandre, 25 ans, qui ne souhaite pas donner son nom de famille.
Le discours du jeune ouvrier colle au récit du pouvoir russe qui, depuis trois ans et demi que dure la guerre en Ukraine, n'a de cesse d'éreinter les pays de l'Alliance atlantique, fervents soutiens de Kiev.
En juin dernier, Vladimir Poutine affirmait ainsi, dans une rhétorique habituelle, que les Russes avaient été "trompés, dupés au sujet de la non-expansion de l'Otan vers l'Est". Moscou estime que l'Otan pousse ses pions en Ukraine, ce que dément l'Alliance.
Les pays bordant la mer Baltique ressentent fortement ce bras de fer.
Ces dernières semaines, la Lituanie puis l'Estonie ont dénoncé une incursion d'avions militaires russes dans leurs espaces aériens respectifs.
Et le président polonais, Karol Nawrocki, a averti en septembre, depuis la Finlande, que le président russe était "prêt à envahir (...) d'autres pays".
- "Qu'ils jappent!" -
Kaliningrad, l'ancienne Königsberg allemande devenue soviétique après la Seconde Guerre mondiale, est stratégique pour Moscou.
Le territoire de 15.000 km2 abrite le QG de la flotte russe de la Baltique mais aussi des Iskander, un type de missiles balistiques que Moscou utilise beaucoup en Ukraine.
Sollicité par l'AFP pour une interview, le bureau du gouverneur de la région n'a pas donné suite.
Mais quand on demande à Marina, 63 ans, son avis au sujet des tensions avec les pays de l'Otan, elle fanfaronne. "Qu'ils jappent! Qu'ils aboient! Mais il vaudrait mieux qu'ils pensent plus à leurs propres peuples. Il y a des gens qui prennent soin de nous. Vivant à Kaliningrad, je suis protégée à 100%", dit cette vendeuse: "Je n'ai pas peur de l'Otan!"
Autrement dit, "c'est plutôt calme", euphémise Anna Dmitrik, une guide qui vient tout juste de montrer la tombe du philosophe Emmanuel Kant (1724-1804), l'enfant du pays, à des touristes russes. "Je crois bien que nous sommes la seule ville (de Russie, ndlr) où il ne se passe absolument rien", assure-t-elle.
Kaliningrad est, en effet, épargnée par les frappes ukrainiennes qui visent la Russie occidentale.
Pourtant, dans le paysage urbain, la guerre se rappelle au souvenir des habitants sous la forme d'affiches appelant les jeunes à s'engager pour se battre en Ukraine.
Etrange impression que celle de ce panneau vantant les mérites d'un contrat avec "l'armée victorieuse" voisinant avec un autre faisant la promotion de NRJ, "radio numéro un sur les hits", avec une photo du DJ français David Guetta.
- "La vie était bien meilleure" -
Dans l'oeil du cyclone, Kaliningrad? En tout cas, son million d'habitants est bien plus isolé qu'avant l'offensive à grande échelle lancée par la Russie en Ukraine en février 2022.
Les avions civils qui la relient au reste de la Russie sont obligés de faire un long détour par le Golfe de Finlande pour éviter de survoler les pays de l'UE.
Le train qui effectue la liaison avec Moscou coupe à travers la Lituanie et les passagers russes qui l'empruntent ont besoin d'un visa de transit Schengen.
Et la Lituanie, frontalière de Kaliningrad et du Bélarus, a décidé de fermer sa frontière jusqu'à fin novembre avec ce pays allié de la Russie, en représailles à l'intrusion de ballons transportant des cigarettes de contrebande.
Avant 2022, "on pouvait aller facilement en Pologne, faire des courses ou simplement se promener. Les bus et les camions circulaient, la vie était bien meilleure", se lamente Vitali Tsipliankov, un mécanicien de 48 ans.
Si la frontière avec la Pologne est encore ouverte, les postes de contrôle tournent au ralenti.
Pour s'en rendre compte, il n'y a qu'à voir les nombreuses stations-service situées près de la frontière qui ont définitivement baissé le rideau.
Ou le Baltia Mall, un centre commercial XXL très peu fréquenté sur la route de l'aéroport.
"La situation économique est mauvaise à Kaliningrad", résume Irina, vendeuse dans le Mall. "La logistique est très compliquée pour faire venir les produits de Russie. Tout est plus cher", dit-elle en recrachant la fumée de sa cigarette Chapman.
N.Awad--SF-PST